LXI.

On n’a que trop parlé, l’année passée, du centenaire de la naissance de Simone de Beauvoir. Il a donné lieu à diverses manifestions dans lesquelles seul le mélange des genres était à souligner. Cela allait de la chic et choc couverture du Nouvel Observateur au docte colloque sous la houlette (férule ?) de Julia Kristeva. La couverture en question, qu’on vit partout, était une photo prise dans une chambre d’hôtel, à Chicago, dans les années Cinquante, où l’héroïne est nue, de dos, cliché splendide de la femme à sa toilette, une de Beauvoir insoupçonnée. Insoupçonnée de moi pour qui elle fut toujours une femme d’un « certain âge », mal fagotée, donneuse de leçons et un brin bas bleus. Je lui fut présenté, en l’an Soixante-trois, à un cocktail Gallimard. Inutile de dire qu’alors je n’ai pas vu la superbe femme de l’hôtel de Chicago. On apprit plus tard que la photo avait été retouchée afin d’être plus politiquement correct et surtout vendeuse. Sans commentaires.

Il y a peu, fouinant au Clos St-Marc, je trouve dans un carton, hasard merveilleux, un exemplaire de L’Invitée fort défraîchi, et juste en dessus, tout autant défraîchi L’Amour c’est quoi ? de Florence Asie.

Voilà quelqu’un, d’infiniment moins connu et dont on ne commémora pas, c’est acquis, le centenaire. Plus personne ne sait qui fut Florence Asie, romancière, que les hasards de la carrière professionnelle du mari nommé (eh oui) Serge Napoléon, inspecteur central des P.T.T., amenèrent à s’installer à Rouen vers 1959 dans un pavillon de la rue Raoul-Fortin.

Ses passions de lecture et d’écriture firent qu’elle entretint une correspondance avec de Beauvoir à qui elle envoya ses manuscrits. L’auteur du Deuxième sexe la recommanda (disait-on pour s’en débarrasser) à Gallimard qui publia en 1966 un premier roman Fascination. Suivirent Griserie (67), L’amour c’est quoi ? (68), Le rendez-vous mystique (73) et Une sacré bonne femme (75). Ces courts romans rencontrèrent l’estime de la critique, quelques voix de jurys, ne dépassèrent pas la considération parisienne, et surtout rouennaise où on la propulsa auteur du moment.

Le personnage était impayable. Elle avait joué gagnant en choisissant son pseudonyme qu’elle peaufinait en se donnant des airs de chinoise, genre régulièrement à la mode. Elle travaillait dans une pièce obscure aux lampes masquées de foulards de soie, emplie de brûleurs d’encens, de coussins profonds, et comme dit l’autre « d’étranges fleurs sur des étagères ». En fin de carrière, c’était le cas, elle avait la dent dure contre le Castor qui semblait la tenir à distance.

Je ne résiste pas à l’anecdote qui décida, pour partie, de son succès ; écrivant pour la première fois à de Beauvoir, elle attaqua sa lettre avec : « Madame, vos livres sont abominables ! » Qui ne lirait la suite ? « Oui, abominables, car trop lourds à porter pour une malade ! ». Reconnaissons qu’elle savait ferrer le poisson.

Reste que Florence Asie fut l’une des premières féministes à signer en avril 1971 le manifeste pour la libéralisation de l’avortement dit des « 343 salopes », manifeste publié par Le Nouvel Observateur. La boucle est bouclée.

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