LX.

Retour, huit mois après, sur la fermeture de la Ti-Tane rue du Gros-Horloge. La chose a suscité nombre de commentaires. Ici et là, on s’est lamenté, Jean-Pierre Blaiset le premier, de ce qu’est devenue la rue, transformée en galerie marchande à ciel ouvert sans commerce original et plutôt dans le « bas de gamme ».

A échanger sur le sujet avec mon vieil ami Molineux, nous nous demandions quand (accessoirement pourquoi) le phénomène avait commencé. On s’en doute, réponses sans en être. Dans les années Quarante, et celles d’après-guerre, la rue était encore attrayante. Force du temps, force de l’âge ? Évidemment nous étions jeunes et prenions ce monde pour le notre.

Reste que la rue était sans rapport avec ce qu’elle est devenue. Certes il y avait deux grands magasins, Monoprix et Le Printemps (dit alors Noma et Printania), puis le Café de Rouen, l’Hôtel du Nord, la pâtisserie Périer, et d’autres grosses enseignes (tissus Voisin, boucherie Ricouard…) qu’encadrait une large série de « petits » commerces aux offres multiples. Vinrent les années Soixante er Soixante-dix.

Aujourd’hui vêtements, chaussures, sandwicheries se côtoient dans l’uniformité des marques. Ceci n’empêche nullement, la suscite presque, l’affluence des samedis. Le client a ce qu’il veut. Et le commerçant aussi. Pourquoi Blaiset a-t-il fermé ? Parce que les « affaires » ne se font plus. Pourquoi ne se font-elles plus ? Parce que ça n’intéressait plus d’aller acheter son café chez lui. Vouloir autre chose revient à raconter une autre histoire, dans d’autres temps, avec d’autres gens.

Vers le milieu de la rue, au sortir du Gros-Horloge (côté rue Jeanne d’Arc) là où était, disparu lui aussi, le Café de Rouen, exista autrefois, un court temps, un restaurant-friterie qui se donnait des airs américains. C’était à l’angle de la rue Massacre, là où on a aujourd’hui un revendeur de chaussures pour sportifs. Impossible de me rappeler l’enseigne de cette friterie (en avait-elle une ?) sinon que tout y était à la mode faussement « amélorque » avec cuisiniers visibles derrière le comptoir, steaks hachés retournés devant vous (ce qui n’existait pas ailleurs), œufs cuits sur de noires plaques luisantes, et service expéditif sur des tables recouvertes de nappes en papier gaufré. Les prix étaient à l’avenant et on pouvait se remplir le ventre pour presque rien. J’ajoute, autre particularité, qu’on n’y servait pas d’alcool, mais des verres de lait et un café infâme. C’était là un mélange franco-américain, compromis réussi entre la baraque en plein vent style Roi de la frite et du lointain futur et indépassable fast-food bien connu.

J’ai fréquenté l’endroit parce que les lieux étaient souvent déserts (raison du peu de pérennité de l’endroit ?), qu’ils étaient insolites, exotiques, modernes mais en même temps populaires. Ce souvenir se rattache à celui de Gilbert, ami de passage, ancien taulard, d’une quinzaine d’années mon aîné, avec qui je mangeais là régulièrement, lui offrant à bon compte les deux ou trois repas complets de sa semaine. Mais de Gilbert, il sera toujours temps d’en reparler.

Aujourd’hui la rue du Gros-Horloge loge un McDonald, un Quick et de nombreuses sandwicheries qui peut-être, surement, probablement, améliorent le quotidien des Gilbert et des mêmes Félix. Du moins, c’est à espérer.

0 Réponses à “LX.”


  • Aucun commentaire

Laisser un Commentaire




RESSOURCES DOCUMENTAIRES |
dracus |
medievaltrip |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | childrenofsatan2
| LOTFI - Un rebeu parmi tant...
| VA OU TON COEUR TE PORTE......