LVI.

Quelle suite pour la Maison Sublime ? Cette découverte, à trente mètres d’une « rue aux Juifs » longeant le Palais de Justice, raviva, à l’époque, de vieux enseignements sur un hypothétique ghetto aux limites nettement marquées. Synagogue, maison de marchand, bain rituel, cimetière… les traces sont ici nombreuses, enfouies, disparues, dispersées et pieusement conservées dans divers articles ou fascicules que seule une chaîne subtile d’érudits commente.

Bientôt, il fallut s’en convaincre, on était là devant une chose d’exceptionnel dépassant le simple énième témoignage pierreux sur le quartier juif. Ce d’autant plus qu’on datait sans conteste les vestiges d’avant l’expulsion des Juifs du royaume de France (début du XIVe siècle) et que par leurs ampleurs et leurs richesses illustratives, ils soulevaient de multiples questions.

En premier lieu ceux de leur destination ; édifice civil, synagogue, école rabbinique… les autorités en matière médiévale, hébraïque ou autres furent mises en branle et chacun y alla de ses affirmations, réfutations, conclusions provisoires ou définitives. Cela tournait, tourna (tourne encore) aux subtilités talmudiques… le moins que l’on puisse faire. Une chose où chacun s’accordait : c’était le plus ancien édifice juif conservé en Europe occidentale.

A ce titre, propulsé patrimoine rouennais, il convenait d’en organiser la mise en valeur. Diverses bisbilles opposèrent la Ville, le ministère de la Justice et celui de la Culture, mais via l’entregent d’un Lecanuet alors Garde des sceaux sous Giscard, il fut acquis que « le Monument juif » (dénomination d’alors) serait inscrit dans les parcours locaux, et ipso facto comme monument historique. Un de plus.

Vinrent les temps d’une curiosité légitime, ceux de visites courtoises, documentées, érudites, mais au final décevantes pour les amateurs. Car quoi, descendant l’escalier de béton on débouchait dans une cave à grosses pierres, avec des semblants de couloir, de puits, de meurtrière, d’escalier… éclairés de chichiteux spots orange. Là… et là… montrait le guide, disert. Un édifice roman, un autre, comme la cave des grands-parents, mais en mieux. Si le respect s’obtenait, c’était pour être dans le ton et la note. Pas convaincu, juste poli. A Rouen, on ne se refait pas.

Pluie de novembre, soleil d’août, les visites devinrent discrètes voire confidentielles. Il fallait s’inscrire, constituer des groupes… tracasseries venues d’une magistrature sourcilleuse de ses prérogatives de propriétaire, d’inquiétudes feintes quant au devenir d’un lieu fragile, d’aménagements nécessaires de sécurité… tout y passa. Au final la décision de fermer le Monument au public se prit d’elle-même. La vérité était qu’on en avait assez (dans le sens de : suffisamment).

La « valorisation » étant minime, on échappait au galvaudage. Là, pas d’histoire à raconter, pas de fiction commode, pas de « muséographie » à construire. Dans et pour la Maison, on ne réclame que du recueillement, de la piété, l’écoute d’un souffle venu de loin, du fonds des âges autant que d’un quartier.

Aujourd’hui, pourquoi vouloir une association, organiser des visites privées, faire déambuler des décideurs cornaquant de doctes autorités, convoquer la presse (cf. Paris-Normandie du 20 juin dernier) et, au passage, raviver les thèses du sexe des anges ? Sauver la Maison Sublime ? Sans doute. Mais pourquoi ? Pour exister ? Oui, seulement pour exister. Avant que l’histoire ne se termine.

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