LII.

Un tour du côté de la rue de Madagascar, dans les entrepôts d’Ouest-Archiv. Lieux sous scellés, l’ouverture prend un peu de temps. Les combinaisons d’entrée sont de moi seul connues, de même que la configuration des locaux (ou ce qu’il en reste). Les hangars sont vides, en passe d’être revendus. J’apprends que l’Agglo est intéressée par le périmètre ; inutile de dire que les liquidateurs se frottent les mains à la perspective d’appliquer ici le prix du foncier en usage ici.

Vrai que ce bâti d’un autre âge n’attend que la démolition. Tout est hors d’usage, replâtrage sur replâtrage, rustine sur rustine, seul le gigantisme tient debout. Les fenêtres des bureaux ont été vandalisées, les pigeons nichent dans les charpentes métalliques ; il semble que dans la cour principale, quelques abris de fortune aient été construits, repaires de Sdf ou de gitans. Traces de feux à même le sol.

Il reste à inventorier et expertiser 13.000 cartons, ce en compagnie des clercs de notaires et huissiers chargés de la liquidation. Également là, un délégué des archives départementales et un autre qui, via la Drac, représente les nationales. A quelques phrases échangées, les hommes de loi perçoivent que ceux-là sont mes alliés dans l’affaire. Signes discrets, je remets mes listings dans mon porte-document. L’inventaire est à faire et non fait.

La faillite de la société a été parallèle au lent traitement des fonds récoltés. Nous avions opéré une première sélection ayant conduit à une conséquence avouée, celle de dresser un répertoire (plusieurs répertoires) des fonds à détruire (qui ne l’ont pas été, mais personne ne le sait). Les premières listes de livres rares et des manuscrits ont été faites et sont entre les mains des liquidateurs ; ça n’est pas l’enjeu du combat, je laisse cet os à ronger aux financiers. De leur côté, les deux fonctionnaires font valoir leur mission de « valorisation », des « attente des publics », et des « conséquences à long terme des orientations » prises par la mise sous scellés de cartons non-inventoriés.

Inutile de préciser que ces arguments sont débités dans une langue rare pour les rapaces. Cependant, au bout d’un moment, je me demande où sont mes vrais ennemis et sur qui, finalement, je dois m’appuyer. En entendant les notions de « politique d’archivage et de conservation adaptée » puis « d’enrichissement des fonds », je conclus qu’on veut récupérer très vite mes précieux dépôts. Il fait une chaleur éprouvante dans ces hangars où on n’y voit goutte. La géographie et la météo sont mes alliés. Et mes listings. La liquidation peut prendre du temps, encore du temps. Bref, tout le monde est d’accord : il est urgent d’attendre.

En sortant, quelques pas dans la rue, détaillant les trottoirs herbeux que bordent de hautes palissades de bois, la route faite d’énormes pavés de grès, avec de temps à autre le passage d’un camion roulant à des vitesses déraisonnables. Une ambiance, presque un monde. Tout cela est appelé à disparaître, tôt ou tard, comme le reste, moi et mes cartons.

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