LI.

Quelques étudiants, amis de Jérôme, conviés par celui-ci à des réunions politiques dans ce lieu commode que sont mes anciens bureaux, m’apportent d’étranges perspectives. Leur naïveté n’a d’égale que leur cynisme. S’ils sont mauvais stratèges, ils sont bons combattants. Mais il leur manque la rouerie, la rancœur ; ils se font avoir non par manque d’expérience, mais par manque de méchanceté. Ce sont de gentils enfants aux prises avec des adultes méchants. Dans ce tableau, je joue le rôle de l’oncle « bons conseils » et ces jeunes gens bardés de diplômes, d’ordinateurs portables et de liaisons Internet, m’écoutent, aussi raisonnables que raisonneurs.

Comme les références littéraires ne manquent pas, non plus que les rectifications de fautes de français, je me fais l’effet de l’oncle André Gide choyé au milieu d’une assemblée d’éphèbes (pas tous !) attentifs et peu contraints. Le fait est qu’il y a peu de jeunes filles et que plusieurs participants affichent des mœurs chères au cœur de l’auteur de Paludes. Dieu me garde, sur le tard, de l’imiter, lui ou Aragon, ou d’autres.

En revanche s’il y a une chose à laquelle ces jeunes grecs m’initient, c’est à Internet, au virtuel des pages « cascadantes », aux sites, aux blogs, aux fils sans fils… univers où ils me m’inscrivent comme une figure décalée (disent-ils !) C’est avec leur concours, et pour beaucoup l’insistance de Jérôme, que je me suis décidé à publier mes écritures. Plus habitué et convaincu par les écrits de papier, j’ai cependant constaté qu’une publication au jour le jour (pas tout à fait, bien sûr) me contraignait à ne pas abandonner le projet (celui-là ou un autre) comme trop souvent par le passé.

Un blog requiert un minimum de fidélité, sinon à quoi bon. Mais je cache à mes jeunes amis la phrase de Louis-Ferdinand Céline : « Un livre par jour, la fosse commune » pour la traduite à mon sens : « Un blog par jour, la fosse commune ».

Pendant des décennies, j’ai été l’homme « qui ne finit jamais ». Mes écrits, articles, projets ou dessins d’architecture sont légion lorsqu’il s’agit d’ébauches. Je n’ai rien construit (d’autres l’ont faits pour moi), je n’ai rien publié (ou si peu), je n’ai véritablement réussi que dans « les affaires », à l’image de mon père finalement, lui qui me reprochait tant de ne pas lui ressembler ! J’ai trop vécu pour l’avenir et dans le passé, peu dans l’instant, ou pour des choses dont je concluais qu’elles n’en valaient pas la peine.

Il y avait aussi chez moi cette faculté à m’intéresser à trop de choses et à trop de gens, à me lasser aussi vite que je m’emballe, à voleter de branche en branche, inconscient du temps qui passe ou content de passer mon temps. L’âge arrivant, la mort des autres survenant, un beau soir, on se dit que si c’était pour ça, seulement pour ça…

On s’en doute, ces préoccupations ne concernent nullement les jeunes amis de Jérôme. Nos soirées roulent sur la politique, les réseaux sur le Net, les soucis de logement, la mode vestimentaire (que d’expertises !), les amours contingentes… et le fait de savoir si un jour, les trains entre le Havre et Paris arriveront à l’heure. Constatons-le, préoccupations plus que raisonnables.

1 Réponse à “LI.”


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