XLV.

Une des curiosités rouennaises aura été, à la fin du XIXe siècle, le projet, finalement abandonné, de la construction d’une grande bibliothèque publique. Ce fut, vers 1888, lorsqu’on décida du transfert de l’ancien fonds, constitué des confiscations de la Révolution, entreposé dans les galeries de l’Hôtel de Ville.

A l’époque, on résolut d’installer cette bibliothèque dans l’arrière-face du Musée de peinture, en regard de l’ancienne église St-Laurent, laquelle abrite aujourd’hui le Musée de la ferronnerie (à l’époque salle de réunion à l’usage des sociétés patriotiques). Les lieux visés se situaient dans un espace important, sur deux niveaux, qui devait comprendre, en plus de considérables réserves, une salle de travail et une salle d’exposition. Si le projet n’a pas abouti, il en reste plusieurs plans détaillés et divers documents illustrés qui en laissent deviner l’ampleur et l’ambition.

Selon ces « visuels » (néologisme inconnu de l’époque) on aurait accédé à l’édifice par un vestibule, avec double escalier de marbre clair, décoré d’une série de peintures de Paul Baudoüin, représentant L’Histoire du Livre, déclinée en quatre immenses panneaux : Le Signe, Le Papyrus, Le Manuscrit, et enfin L’imprimerie. De celles-ci, nous n’avons que des esquisses, tout comme il ne reste pas trace des divers portraits représentant « les grands écrivains rouennais ».

La salle de lecture devait être un vaste espace éclairé par une verrière, qui aurait renfermé jusqu’à 200 lecteurs (certaines sources disent 300). Il était prévu que chaque lecteur disposerait d’une table de chêne avec sous-main, encrier, buvard, et une lampe individuelle fonctionnant à électricité, ce qui, en 1888, était d’une rare modernité. Les murs auraient été occupés par de hauts rayonnages de bois sombre proposant au public plus de 100.000 volumes, soit une mince partie des collections possédées.

On sait que la bibliothèque de Rouen était d’une grande valeur documentaire tant par les incunables, manuscrits antiques et moyenâgeux, reliures d’art… que par le nombre considérable d’ouvrages savants ou de pur divertissement. De ces derniers, il était prévu d’augmenter le nombre au fil des années, ce avec l’aide d’un exceptionnel budget de fonctionnement : des documents comptables indiquent 10 millions de franc-or par décennies.

Du côté des manuscrits, outre Les Chroniques Rouennaises du clerc Félix Phellion, rédigées en vieil anglais, la bibliothèque possédait les originaux de Gustave Flaubert, qui, s’ils avaient été conservés, auraient permis d’entreprendre de minutieuses études pour l’établissement des éditions définitives de ses cinq romans.

Après avoir été décidés par la municipalité, il semble que de premiers travaux aient été entrepris. Puis pour des raisons qu’il ne nous appartient pas de détailler (elles sont plus que nébuleuses), le projet fut stoppé et au final abandonné. La bibliothèque resta dans les galeries de l’Hôtel de Ville jusqu’au formidable incendie du 31 décembre 1926 qui ravagea une partie de l’édifice et anéantit ce patrimoine inestimable.

Au Musée, dans l’espace vacant, on installa plusieurs salles dédiées à la peinture moderne, celle des courants impressionnistes et néo-impressionnistes, en particulier les plus célèbres tenants de l’École de Rouen, avec en premier lieu, Charles Fréchon (1856-1929) dont le public a pu récemment redécouvrir les redoutables sous-bois.

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