XLIII.

A écrire, au fil du clavier (il n’y a plus de plume aujourd’hui !) je me lance, azerty après azerty, et j’inscris : « dans quelques jours j’aurai 77 ans. » Aussitôt, suspension des touches : j’aurai ou j’aurais ? La prudence veux (voudrait) qu’on supprime le premier puisque conjugué au futur simple et, que de ce temps, on n’est jamais sur de l’avènement. Le second, réputé « présent conditionnel » suppose un « si » problématique : j’aurais 77 ans si toutefois… A cet âge, la suspension a de quoi faire frémir.

Devant mes atermoiements, j’ai recours à mon Grévisse (Le Bon usage, édition de 1986) qui m’offre deux pages d’explications lumineuses. En résumé on ne doit pas employer le conditionnel présent dès lors qu’on ne peut exclure le temps futur. Le conditionnel s’applique « quand on considère comme douteuse la réalisation du fait jugé nécessaire, possible, souhaitable, etc. » Nombre d’exemples appuient la règle ; en particulier l’Évangile de St-Jean (II, 20, traduction Osty) : Jésus […] leur dit : Détruisez ce temple, et en trois jours, je le relèverai. Les Juifs lui dirent donc : Voilà quarante-six ans qu’on travaille à ce Temple et toi, en trois jours tu le relèverais ! Voilà qui réponds à mes interrogations de manière irréfutable.

Donc personne (même moi, hélas) ne doute que j’aurai bientôt 77 ans. A moins que d’ici là, à Dieu ne plaise, mon neveu, ne prononce au Crématorium du Monumental, la formule : « Il aurait eu 77 ans » (conditionnel passé) devant une assemblée d’amis, vagues relations et grammairiens.

Reste que 77 ans, c’est à l’origine ce que je voulais dire, est un nombre sans intérêt. Sinon à n’avoir plus qu’une année à lire le journal de Tintin, ce n’est ni le cap des 75 et encore moins celui des 80. C’est, pour un vieux monsieur, un âge entre deux âges, presque l’âge de l’année passée, celui de l’année à venir. Ni plus, ni moins. Et pas plus joyeux ou chagrin. Un âge pour ne rien dire. Tout compte fait, un âge qui tire à la ligne.

Voilà, c’était la minute Becherelle secondée de Grévisse, et augmentée de réflexions sur le temps qui passe.

Autre chose : je reçois régulièrement dans ma boite aux lettres le magazine d’informations institutionnelles du département. Dans un des derniers numéros, un sondage sur les qualités ou défauts dudit magazine. Liste de choix après liste de choix, on en arrive à ce chef-d’œuvre : « Quel lecteur êtes-vous ? »Il faut choisir entre quatre possibilités : 1. Vous lisez tous les articles ou presque ; 2. Vous lisez seulement les articles qui vous intéressent ; 3. Vous regardez uniquement les photos ; 4. Le magazine va directement à la poubelle.

Grande tentation de cocher la case 4, mais dois-je répondre à une question dont je n’ai pas connaissance puisque je viens de jeter le magazine à la poubelle ? Quand la presse institutionnelle frôle la métaphysique, sans y sombrer tout à fait.

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