XLII.

Grand lecteur, je ne lis, cependant, rien de ce qui paraît. Depuis au moins une quinzaine d’année, des essayistes, historiens ou romanciers d’aujourd’hui, j’ignore tout. Évidemment, l’affirmation est à demi véridique. Il m’arrive, hasard des conversations ou cadeaux de circonstances, que me tombe sous la main un « auteur d’aujourd’hui ». Par honnêteté ou peur de gâcher, je fais l’effort de participer à l’engouement. En pure perte car je m’applique à ne pas aimer ou reconnaître l’intérêt. Jérôme, mon neveu, en la circonstance, me traite de « snob à rebours ». Il n’a pas tort.

Molineux, à propos d’une séance de signatures à L’Armitière, me dit grand bien d’Anna Gavalda. Outre que j’ai une médiocre opinion des goûts littéraire de mon vieil ami, je suis bien décidé à ne jamais ouvrir La Consolante ou tout autre titre de cet auteur. Pourquoi, comment, je ne n’en sais rien. C’est ainsi. Ou plutôt si, je sais. Trop bien. Que m’apporteront ces pages que je ne sache déjà, et qu’à mon âge, j’ai déjà lues. Aucune idée de ça que raconte, mais je gage que ça ne saurait entrer en rivalité ou comparaison avec tel ou tel romancier (essayiste, historien…) qui est mien depuis soixante ou quarante ans. Et aussi, pose des poses, je m’étonne qu’un roman d’un tel unanimisme puisse être bâti sur autre chose qu’accords communs, conventions majoritaires, attendus des moins dérangeants. On ne vend pas un million d’exemplaires impunément.

Tout bonnement, je redoute la perte de temps, l’ennui et le dérangement de mes habitudes. Qu’on ne croit pas à l’élitisme. Je ne citerai pas ici mes romanciers, historiens ou essayistes d’élection ; un seul nom donné et la comparaison deviendrait raison.

Exit donc Anna Gavalda et dommage pour moi. Exit La Consolante pour y préférer La Consolation, petit bar de le rue de l’Hôpital dont je viens d’apprendre la disparition. C’est désormais Le N’Zo Café. Voilà qui console à la mode (ou la mode qui console). Autrefois (mais vraiment autrefois, il y a des lustres) La Consol’ était le rendez-vous des journalistes de Paris-Normandie (de jour, de nuit), des traminots (au petit matin) lesquels étaient fort nombreux sur cette place, nœud stratégique pour les lignes de bus, également des employés de la proche (au repas de midi), et, accessoirement, des familles venues choisir tentures et cercueils avec lesquels partiraient leurs défunts. A la Consolation, parce qu’à proximité on trouvait trois ou quatre maisons de pompes funèbres, et qu’il n’y avait, à Rouen, qu’ici pour débattre marbre, couronne, avis dans le journal, premier ou deuxième service.

In Memoriam pour La Consolation, d’entrée une petite salle flanqué d’un bar, puis, où on accédait en descendant deux marches, une arrière-salle qui, de jour ou du soir ne désemplissait pas, une trentaine de couverts se renouvelant deux ou trois fois autour des blanquettes de veau, petit salé aux lentilles ou bœuf à la ficelle servis avec rapidité et forte empathie par des serveuses à qui on ne pouvait plus rien raconter, de triste ou de gai. La Consolation au décor de bois verni, mi-bateau, mi-chalet, si ce n’est à l’imitation des anciens wagons de chemin de fer avec leur banquettes de bois moulé.

Il faudra que je raconte la soirée fameuse passée là en compagnie de Tony Fritz-Villars, peintre singulier qui se consolait de son manque de génie en jetant sur le papier un Rouen fulgurant et incontestable.

2 Réponses à “XLII.”


  • Les journalistes vont moins – me semble-t-il, au bistrot qu’avant, ne serait-ce qu’à cause de leur outil principal « d’écriture » désormais : le clavier d’ordinateur. Fini le temps, donc, où les Yvon Hecht, Yves-Marie Choupault et autres Pierre Lepape griffonnaient leurs articles sur un coin de table au café.

    A la Consolation, il y avait aussi parfois des ouvriers du Livre, en cette époque du plomb où il faisait fort chaud à l’atelier de Paris-Normandie : çà donnait soif ! Mais l’informatisation, là encore, a fauché ce passé : plus de composition au plomb, plus guère d’ouvriers du Livre, et de toute façon ils travaillent désormais à Déville.

    Barricadons-nous (selon moi) cependant contre la nostalgie : la vie se transforme mais ne meurt pas. Et la Conso, c’était de la chaleur humaine, de la rigolade, du non-aseptisé ; mais c’était aussi…le séjour d’alcooliques chroniques qui y ont creusé leur tombe et fracassé du coup parfois aussi leur famille. L’alcool est un ami au couteau entre les dents.

  • mon arrière grand-mère GUEIRARD avec mes grands parents (Mr et Mme LE BIVIC Gabriel/Adrienne) ont exploité ce bar, il y a longtemps certainement entre 2 guerres, voir quelques temps après (ma grand mère a exploité après, le bar de la Place Jeanne d’Arc exproprié ultérieurement); je suis intéressé pour retrouver quelques souvenirs d’époque dans quelques ouvrages que ce soit , merci d’avance gérard LE BIVIC La Valette du Var

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