XXXVIII.

Manie agaçante des édiles : le baptême nouveau des rues. Ici comme ailleurs, une municipalité se doit de « donner un nom » à une rue, un monument, un lieu quelconque, histoire dit-on d’honorer la mémoire de tel ou telle. C’est surtout un manque d’indépendance d’esprit et une concession à l’opinion, celle-ci suscitée par les mass-médias.

A Rouen n’a-t-il pas fallu placarder en rues et places Marcel Duchamp, Dominique Laboubé, bientôt Lazare Ponticelli et Aimé Césaire. Le premier pour n’avoir rien compris au rock n’roll, le second pour avoir souvent pissé dans un urinoir, le troisième pour avoir fondé une entreprise d’ascenseurs, le dernier pour sa calamiteuse gestion, en tant que maire, de Fort de France… A moins que ça ne soit pour d’autres raisons, moins plausibles ? Peu importe au final. L’important n’est pas de savoir pour qui et pour quoi, l’important est de se distinguer, d’avoir un semblant de mémoire, et aussi du respect, de la piété. Bref de se battre les flancs pour suivre le goût du jour et ne pas faillir au qu’en dira-t-on.

A cet égard, le lancement d’un concours « informel » pour décider du nom du « nouveau pont levant » a été un épisode d’une rare bêtise. Comment en est-on arrivé à Flaubert ? Par l’entremise de Coluche, Bourvil et de Jacques Anquetil ! Avouons que nous méritons d’être Rouennais.

Si l’on voulait rire (mais je n’en ai guère envie) on imaginerait une rue servant uniquement à être le reposoir du nom des chers disparus, lesquels seraient prêts à disparaître dès qu’un autre mort illustre surviendrait. Ainsi d’une même année on aurait la rue des morts de janvier, de février, de mars, etc. Cela ferait une rubrique pour le bulletin paroissial (pardon, le magazine municipal) ; si on me le demandait gentiment, je suis prêt à la rédiger dans ce genre :

« Bientôt la rue Jean-François Deniau, après avoir été la rue Abbé-Pierre deviendra la rue Lucie Aubrac, laquelle cédera ensuite son nom à la rue Jean-Baudrillard ou la rue Fred-Chichin si toutefois on se met d’accord, en mairie, pour renoncer aux rues Maurice-Béjart, Michel-Serrault et Julien-Gracq. Néanmoins, la nouvelle municipalité voulant se distinguer, il est question d’avancer le tour des rues Lucien-Jeunesse et Pascal-Sevran, lesquelles prendraient donc le pas sur la rue Claude-Pompidou et la rue Henri-Troyat. Cependant la trop brève existence des rues Jacques-Martin et Marcel-Marceau pourrait tout remettre en question, l’opposition ayant déposé un recours pour maintenir la rue Jean-Pierre Cassel pour au moins quinze jours. »

On voit par là que mon système, aussi plaisant soit-il, n’est pas exempt de défauts et qu’au final, pour autant qu’elle soit originale, mon idée n’est pas si bonne. Que de surcroît, elle n’est pas du meilleur goût.

Autre chose : on a pu apprendre que le président de l’Agglomération, avait un avis sur la construction de la Médiathèque, chantier qu’il propose d’arrêter en payant « tous les dédits qu’il faudrait ». Ce propos, démenti mais imprimé, n’en est pas moins la flèche d’un Parthe bel et bien tirée. La mairie de Rouen en est le cœur de cible. Là, on lui indique la marche à suivre : sauver ses promesses de campagne (Médiathèque, Palais de Congrès…) en couvrant d’or constructeurs et prometteurs. Finesse politique ? L’avenir le dira.

2 Réponses à “XXXVIII.”


  • Bon, ben pour une fois, je ne vous suis pas trop sur le nom des rues. En tout cas, baptiser l’esplanade des Beaux-Arts Marcel Duchamp ou un bout de la rue Massacre place Dominique Laboubée, pour moi cela a un sens. Et que je sache, dans un cas comme dans l’autre, la décision ne fut pas prise dans le tourbillon médiatique des condoléances post mortem. Je ne suis toujours pas d’accord sur votre opinion émise sur Dominique, difficile d’être plus rock que lui et aussi classe. Et résumer Duchamp dans l’urinoir, n’est-ce pas aller vite en besogne ? Pour les autres, je vous rejoins.

  • Mr Crocodile

    Tout à fait d’accord avec vous, les villes ne sont pas des faire-parts de décès géants.
    Je me demande ce qu’aurait dit le Dominique Laboubée de 1977 si on lui avait dit qu’un tronçon de la rue de son disquaire allait être rebaptisée en son honneur.
    C’est un tantinet ridicule, surtout quand on voit les dimensions du lieu.
    Quand à l’usage, qui dira «On se voit place Dominique Laboubée.»? Tout comme l’esplanade Marcel Duchamp, ça ne sonne guère naturellement en bouche.
    Voilà quelque chose à prendre en compte: l’usage oral de ces commémorations et hommages.
    Le Sixième Pont, ça sonne tout de même mieux que le Pont Flaubert, et ça le distinguait un peu de Corneille ou Guillaume le Conquérant.
    Beaubourg sonne mieux que le Centre Georges Pompidou, et c’est pour ça que c’est resté.

    Dans l’attente de vous lire à nouveau…

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