XXXVII.

Entre promesse et danger, on réactive la rubrique Palais des Congrès. Consultation populaire oblige, il faudra répondre à deux questions : « Êtes-vous contre le projet de Jean-Paul Vigier, mais vous n’y échapperez pas ? » et « Voulez-vous un jardin, mais ce ne sera pas possible ? »

Personne ne semble regretter la disparition programmée de ce qui reste du Palais. Dommage. Après tout ce Palais n’est pas « si laid » (dixit Patrice Quéréel, fameux trublion) et les intentions qui ont présidé à sa construction étaient (sont toujours) celles invoquées aujourd’hui par son successeur : l’harmonie avec son encombrante voisine. Reconnaissons que l’ancien architecte, Jean-Pierre Dussaux, s’en était bien tiré. Il avait fait preuve d’imagination, de respect, et n’avait pas aboli toute ambition. Son bâtiment avait de l’allure, une élégance indéniable et excusez du peu, une modestie certaine.

A l’origine ce béton n’était pas si pisseux et les vitres moins opaques qu’aujourd’hui. L’intérieur était modulable et une restructuration n’aurait rien eu d’insurmontable. Les pompiers en décidèrent autrement ; la sécurité (vertu cardinale de l’heure) se veut l’autel de tous les sacrifices.

Aujourd’hui il est dans l’air du temps de déplorer ce cube de béton laissé à l’abandon de façon délibérée. Ce qui se construira à cet endroit (car on y construira, c’est inévitable) n’aura d’intérêt que si on lui donne un contenu. Or qu’aura-t-on ? Trois commerces (mercerie, droguiste, primeurs ?), une trentaine de logements (sûrement sociaux), et un centre de congrès qui ne sera qu’une fable. Seuls, brasserie et café raviront les bobos, un temps seulement, car la mode est changeante.

On a livré cet emplacement précieux à la rentabilité via la séduction marchande des plus consensuelles. Le recours à Monet en est une des meilleures ficelles. Ce patronage (plus qu’abusif) permet d’instiller de la culture là où justement il n’y en aura pas. Rien à dire sur le projet de Viguier qui est tout, sauf de « l’architecture de notre époque » à supposer que cela existe.

Que l’opinion se désole du futur Espace Monet n’a rien que de normal. Notre époque préfère le vide au plein. Et c’est bien ainsi que le projet controversé s’entend : ses détracteurs voulaient du vide et du vert ; les promoteurs l’ont compris : ce sera du vide dans du verre.

Comme d’habitude, l’opinion publique reviendra, toute incohérence assumée, sur ses préférences d’avant (ou d’après) en se donnant le beau rôle, celui du bon sens et du goût moyen, équilibre où elle excelle. A cet égard, l’architecture est le plus difficile des arts. Autant un quidam peut admettre qu’il « n’y connaît rien » en musique ou en théâtre ; on lui pardonne. Autant en architecture il dit son goût bien fort, lequel prime sur toute considération. Le résultat est, la plupart du temps, navrant pour le talent des concepteurs. C’est la rançon obligée : l’architecte opère dans un domaine qui ne fait pas appel à la sensibilité mais, et au plus près, au vécu. Un philosophe (lequel ?) a dit : « On ne pense pas en dehors du monde » ; idem ici : « On ne construit pas en dehors du monde ». Dieu sait si j’en sais quelque chose.

2 Réponses à “XXXVII.”


  • Mr Crocodile

    Il est même très beau ce palais, ses lignes sont très élégantes.
    Vous parlez d’humilité, mais je trouve qu’il a le mérite d’avancer démasqué et de ne se prendre que pour ce qu’il est: un bâtiment du XXème siècle.
    Je pense qu’il est suffisamment stylé pour mériter d’être classé.

  • Et si on faisait sauter toutes ces vieilleries autour du-dit Palais, pour construire d’autres cubes et tours!

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