XXXV.

Plus que réticent, je participe à la célébration de Mai 68. Devenu un moyen paresseux de vendre du papier imprimé, d’occuper les ondes, de remplir des blogs en mal d’inspiration, cette commémoration ne résiste pas à l’overdose. Ici, partout, et à Rouen, pour ce qui m’occupe. Autant dire tout de suite que, sur ce dernier point, je n’ai rien vu ou lu qui me convainque d’avoir été présent à ce qui s’est dit ou ce qui s’est montré. Au fil des témoignages ou des analyses, je me suis forcé au souvenir. Stupeur et douleur de constater que, de ces quelques semaines, il ne me reste rien qui corresponde au spectre de l’anniversaire.

Rouenno-rouennais, de Paris tant célébré, je ne vis rien. Vu d’ici, la tentation était forte, mais en même temps, elle relevait de l’inaccessible. Mai 68, c’était ici et maintenant. Aujourd’hui, tous le disent : c’est du réchauffé. Même plus, ce sont des saveurs d’autrefois, lieux et gens. Inexplicables, inexpliquées.

La fac de lettres, à Mont-Saint-Aignan, où j’ai mis les pieds une ou deux fois, le Cirque municipal « occupé » et où j’ai passé quelques soirées, l’École des Beaux-arts de l’aître St-Maclou et ses pesants colloques (mot inemployé alors) sur l’avenir de la profession, des études, de la validité des diplômes, et surtout mon agence rue de la République dont je ne pus qu’envisager, en octobre, la fin prochaine, liquidation inéluctable que je préférais précipiter. Sans parler de réunions fameuses, fumeuses, enfiévrées, enfumées, dans diverses maisons ou appartements…

La rue Ganterie, la rue Crevier, le boulevard de la Marne, la rue Ste-Croix des Pelletiers, la rue Théodore Lebreton, la rue du Cercle, la place de l’Hôtel de Ville, Le Parisien, Le Français, Le Bon accueil, Chez François, le Nico Bar, L’Armitière (canal historique)… la station service du Marché aux fleurs, celle de la rue St-Denis… ces lieux balisent une mémoire aussi sélective que défectueuse.

Jean-Claude Laumonier, Rika Bentolila, Claude Vignon, Claude Déron, Gérard Filoche, Colette Magny, Marie-Claire Lepape, Liliane Potel, François Souchet, François Mathieu, Jean-Pierre Hayet, Frédéric Taillefer, Christian Ferrari, Ute Moulin, Jean-Marie Canu, Christian Lepiller, Michel Lemoine, Jacques Pinaud, Claude Mazauric, Louis Lanoix, Jean-Pierre Lefebvre… figures encore présentes ou oubliées, ressurgies ici à la faveur d’une manie de la précision et de l’archivage. Quoi d’autre ?

Sans omettre Daniel Authouard, peintre pour catalogues, qui, dans Paris-Normandie du 7 mai 2008, a relaté un peu de l’occupation du Cirque sur le Boulingrin : « J’ai entendu des ouvriers qui avaient fait 1936 et venaient pour nous apprendre à faire la révolution se faire insulter par les étudiants. » Je n’ai pas souvenir de ça ; j’ai souvenir du contraire, d’ovations fournies à des figures « du monde du travail » qu’on croyait véridiques, sincères et attentives.

Parlons d’autre chose. De l’ouragan en Birmanie, du séisme du Sé-Tchouan, d’Obama candidat démocrate aux présidentielles américaines ? Ou de la cantonale partielle du 5e canton de Rouen ? Là, pas de campagne, peu de passion et, c’est acquis, peu d’électeurs. Le siège échoira (verbe ancien) à la socialiste Christine Rambaud pour qui la politique a les vertus du caoutchouc : souple et inusable. Mai 68 ? L’imagination au pouvoir ? Par bonheur, il existe, quarante ans après, des Christine Rambaud pour faire rayonner la vérité de notre temps.

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