XXXI.

La médiathèque, ce qu’il aurait fallu faire, ce qu’il faudrait faire. De nos jours, le passé va de plus en plus vite. A peine composé, que le temps doit-être changé. Le temps des verbes, notamment. C’est-à-dire le mode. Celui de l’ancienne future médiathèque qui doit être désormais conjugué au passé antérieur.

Lors de la pose de la première pierre (ce fut le samedi 5 octobre de l’an de grâce 2008, ère albertinienne), la communication alla bon train (c’est ce qui coûte le moins aux élus et aux électeurs, tous s’accordant sur ce mode mineur pour juger des efforts fournis et du travail effectué.) Ce fut dit et redit, quand la Médiathèque eut ouvert, nous eûmes trouvé là-bas (passé antérieur) les fonds patrimoniaux, soit 400.000 livres et tant ou tant de manuscrits, parchemins, enluminures, et autres raretés, inestimables, précieuses, innombrables… Puis nous eûmes aussi consulté ou emporté avec nous 160.000 autres jeunes livres, romans, essais, documentaires, bandes dessinées… tout ça pour nous tous, tous seuls, nous les « tous petits », « tous vieux », « tous jeunes »… et aussi encore ramené à la maison 20.000 cédéroms, 6000 dvd, 4000 partitions… encore, encore, encore ! Même le dimanche dites-donc, comme à Carrefour, à Conforama, à Ikéa, et que même ceux-là, on les eut enfoncés.

Les communicants le dirent : là-bas on eut prévu du cinéma, la vision milliers de dvd, n’importe lesquels, à prendre, au choix, parmi les meilleurs ; puis que le grand cadavre eut été « ouvert sur le monde extérieur », à cause de quoi, à Grammont, près des sables mouvants, les gardiens eurent pris en charge les « besoins de chacun » ; les chômeurs y eurent trouvé « de quoi rédiger un cv », d’autres y eurent su « comment se préparer aux concours » ; et aussi les aveugles, les bancals, les lépreux, les pestiférés… qui s’eurent jetés sur les « livres sonores et en braille », sur les cours d’anglais ou « d’autres langues étrangères » dans des « cabines d’apprentissage ». Gratuit, payant, ouvert, fermé, tous les jours, tous les soirs, tous les matins… Jusqu’à en perdre son latin et ne plus savoir les règles de grammaire, mais pourvu que ça fasse son effet.

Bref, des chiffres, uniquement des chiffres. Puis du contenant. Jamais de contenu. Surtout pas de contenu. Pour un bel enterrement, ce fut un bel enterrement. In memoriam.

Aujourd’hui (vendredi 2 mai 2008) le quotidien local, après une journée de grève et une autre chômée, poursuit le feuilleton de ses portraits d’élus ; c’est au tour de Guy Pessiot, l’adjoint justement voué à entretenir, outre le patrimoine, la mémoire de la dite médiathèque. Son programme s’énonce, avec mesure et modestie, entre tourisme, animation et Armada. Surtout il s’achève par trois lignes laconiques, tel un chagrin discret mais véritable, sur la « politique de lecture publique » ; citons in-extenso : « L’adjoint compte mettre l’accent sur le réseau de bibliothèques et donc la proximité. » Point final. C’est dans un avis de décès, l’équivalent de « Cet avis tient lieu de faire-part et de remerciements ».

1 Réponse à “XXXI.”


  • De l’utilisation du passé antérieur… quoique, dans le cas qui nous préoccupe, l’utilisation du conditionnel ou du subjonctif ?

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