XXIX.

L’obstination paye toujours. C’est la seule qualité qu’un politique se doit de cultiver (avec la surdité, reconnaissons-le.) Pour preuve Catherine Morin-Desailly et Pierre Albertini, lesquels usèrent avec une détermination offensive du mur de béton offert par Rudy Ricciotti. Vrai aussi que du côté des adversaires, institutionnels ou de simples opinions, la résistance de principe finit par prendre une teinte suspecte. A trop réfuter le projet, on s’enfermait dans la posture de ceux qui méprisent le populaire, la lecture publique, l’équipement culturel, que sais-je encore. Intenable siège.

Un moment, on agita le spectre du retrait de la Région et du Département dans le financement de l’équipement. Cette « inutile résistance, au plus honorable projet » (citation à retrouver) fit long feu ; ça commençait à se murmurer : à mauvais procès, mauvais perdant. Bref, de guerre lasse…

En octobre 2007, on posa, avec force communication niaiseuse, la première pierre à Grammont, là où s’érigerait, quoiqu’il en coûte, et coûte que coûte, la majuscule Médiathèque. Truelle à peine sèche, le débat était clos. Et ce d’autant plus qu’en mars prochain, en 2008, « on » gagnerait les élections… Tout le monde sait la suite. Enfin, pas tout à fait. Car durant la campagne électorale, la question de l’emplacement reprit mollement du service, l’argument de l’École normale étant toutefois sagement écarté. Le climat anti-albertinien était à ce point qu’il n’y avait guère à s’appesantir. La Médiathèque et le défunt Palais des Congrès, ces fantoches suffisaient à alimenter le débat électoral (pas tout à fait, je sais bien, mais il faut faire court).

Au soir du dimanche 9 mars, lorsque tombèrent les résultats, au-delà des sourires radieux, qui eut une pensée pour la médiathèque ? Peut-être Marie-Françoise Rose dans sa bibliothèque dorée de Versailles ? Et dans sa bibliothèque rose et verte du Havre, Françoise Legendre ? Cette dernière avait quitté Rouen à mi-contrat, flairant avec discernement que rien de ce qui se ferait ici n’irait dans le sens de ce qu’elle avait pu, un temps, espérer.

Au lendemain de la victoire Valérienne, on apprenait la désignation de l’adjoint à qui reviendrait la charge d’enterrer, sous l’invocation d’Agatha Christie, le Cadavre dans la bibliothèque ; ce serait Guy Pessiot, éditeur dans le civil, auteur d’une indépassable Histoire de Rouen par la photographie, sanglier redoutable sous ses allures d’ours débonnaire. On verra pourquoi et comment, cette suite viendra en son temps.

En attendant, il me faut raconter ceci : dimanche 20 avril dernier, clos St-Marc, un brocanteur déballe ses bouquins ; au fond d’un carton, une grenade. Appel des pompiers, périmètre de sécurité, démineurs casqués… l’engin est vite neutralisé. Frayeur rétrospective, clabauderie, puis explication : la grenade, bien réelle quoique goupillée, provient d’un lot enlevé chez un « ancien militaire de carrière » de Dunkerque (Nord), vestige de Zuydcoote, pourquoi non. Là s’arrête l’histoire.

Mais il faut toujours travailler à fronts renversés. Donc, nouvelle version : un autre dimanche, aux Puces Militaria, un brocanteur déballe ses grenades ; au fond d’un carton, frayeur : un livre ! Je laisse à plus doué que moi le soin d’écrire la suite.

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