XXVII.

Énième épisode (mais pas le dernier) de ce que j’ai intitulé : Un cadavre dans la bibliothèque. Pour son projet, la mairie avait contre elle les conclusions d’un rapport de l’inspection générale des bibliothèques (car cela existe et je me demande bien ce qu’on y fabrique…), rapport téléguidé par le ministre de la Culture, ce dernier, disait-on, pourtant acquis aux visées du maire en place. C’était, qui s’en souvient, Jean-Jacques Aillagon.

Ledit rapport mettait en cause l’implantation à Grammont en termes sans équivoques : quartier mal perçu, mal connu, peu attrayant, mal desservi par les transports en commun. N’importe, Pierre Albertini passerait outre. Grammont il y avait, Grammont serait. Son opposition de gauche trouva là un objet de bataille qui ne lui coûtait guère ; flairant que ce genre de débat flattait son nouvel électorat (cultivé, urbain, acteur de l’air du temps…) elle martela sur l’implantation, mettant en avant d’autres sites improbables (entre autres le Boulingrin !) pour se ranger à un ultime, un triangle d’herbes folles bordant le boulevard de l’Europe, à proximité de l’ancienne École normale.

L’atout principal des lieux était, selon elle, d’être desservi par le Metrobus. Pour le reste ils étaient aussi improbables que le choix albertinien. On constata, du reste, que l’adresse, une fois connue et reconnue des Rouennais intéressés, fut mollement défendue par ses inventeurs.

Pour moi, l’ancienne École normale se trouvait, se trouve toujours, rue St-Julien, à proximité de la place St-Clément, et nullement boulevard de l’Europe. Un matin d’été, fort tôt, j’ai passé les ponts, rejoint St-Sever, pris la rue St-Julien, et constaté que l’École normale, ou ce qu’il en reste, vaste bâtiment anglais de la fin du XIXe siècle, tout de briques à grandes croisées vitrées, était toujours à l’abandon. J’envisageais mal sa destruction et son remplacement par une construction propre à flatter l’ego local. Il me fallut tourner autour et constater qu’on me parlait d’un terrain à l’arrière, seulement meublé d’un vaste hangar qu’un riverain qui promenait son chien me dit avoir été un gymnase. Si la surface, à en juger au travers des palissades de la rue des Murs St-Yon, paraissait importante, je souhaitais bien du plaisir au futur architecte, qui œuvrerait sur un triangle mal commode et dont il aurait à déterminer façade, arrière et cotés.

Impensable que cet ensemble de l’École reste longtemps, à ce point, un espace mort. Du côté de l’entrée principale, rue St-Julien, l’ensemble a belle allure et ne réclame qu’un peu d’imagination (des moyens, aussi, soyons justes). Il y a là, entre l’École et l’église St-Clément, une atmosphère particulière, calme, préservée, provinciale. Un peu comme sur les vues des cartes postales anciennes, celles qu’on observe avec attendrissement et condescendance : Rouen (Seine-Inf.) : L’église St-Clément. Portail. Rouen (Seine-Inf.) : L’École normale de garçons. C’était ainsi ce matin là, l’été, avec le soleil et sous les ombrages, dans un calme oublié. A deux pas, l’autoroute, les bagnoles, les panneaux publicitaires, Rouen comme désormais nous la voulons… C’était ainsi ce matin là, encore et toujours, la quête d’une l’âme. L’âme d’une ville qui s’en va. Autant les quartiers vivent ; autant ils meurent. Les gens, eux, survivent. Entre les deux.

0 Réponses à “XXVII.”


  • Aucun commentaire

Laisser un Commentaire




RESSOURCES DOCUMENTAIRES |
dracus |
medievaltrip |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | childrenofsatan2
| LOTFI - Un rebeu parmi tant...
| VA OU TON COEUR TE PORTE......