XXVI.

Les jours passent, sont passés, passeront. Ceux qui me sollicitent empruntent d’étranges cheminements. D’hier ou de pas loin, j’ai surtout retenu un documentaire télévisé sur la mort de Pierre Bérégovoy, en mai 1993, personnage que j’ai croisé, ici, au temps des Jeunesses socialistes, et film dont je n’arrive pas à ma défaire, tant les interrogations l’emportent les certitudes (pas sur la mort dudit, mais sur son itinéraire) ; ce fut ensuite, mardi 8 avril, l’inauguration du Mois de l’architecture, à la Maison du même nom, boulevard de l’Yser, où j’ai entendu pas mal d’inepties et dédaigné un mauvais champagne ; et au final la lecture attentive d’un portrait, dans le quotidien local, samedi 12, de la nouvelle adjointe à la vie associative, portrait admirable pour qui aime la langue de bois et le minimum syndical dans la vision des responsabilités héritées.

Je me promettais un Rouen Chronicle sur ces thèmes, mais, comprenne qui pourra, j’ai passé mon après-midi de dimanche, à regarder, sur Fr3, Paris-Roubaix, course remportée finalement au sprint par Tom Boonen. Ceci m’a consolé de cela.

Revenons à mon feuilleton « Médiathique ». En 2001, Pierre Albertini, tout à son esbroufe de nouvel élu, hérita du dossier pourri de la bibliothèque et ficela un nouveau projet en forme de tour de bonneteau. Il associa la construction d’une médiathèque à l’obtention des fonds du Grand Projet de Ville (monceaux d’or alloués par l’État, et approuvés des collectivités locales) pour la réhabilitation de quartiers en difficulté (je résume). A Rouen, le Projet de Ville concernait le quartier Grammont, îlot d’une insigne misère situé près des anciens abattoirs et d’une gare de triage ferroviaire. Cela se fit au vertueux prétexte que la future médiathèque devait aller « vers les publics qui en ont le plus besoin ». A l’assertion, la Gauche opposition n’avait rien à répondre sinon à s’entendre taxée d’élitisme, de conformisme et de conservatisme. Si Pierre Albertini marqua là un point (facilement acquis, il est vrai), l’opposition ne tarda pas (à raison) à pilonner sur la question même du lieu d’implantation. Grammont ! Grammont ! Tout fut dit et la bataille engagée. Elle dure.

Y eut-il jamais, à Rouen, un bas-quartier ? Le port peut-être, autrefois, la Croix de Pierre naguère, aujourd’hui Grammont ? Ce serait trop dire. A la fin dans les années soixante, nous allions en bande, ordinairement le mardi, rue Desseaux, dans un restaurant fameux à l’enseigne du Veau d’or. C’était là l’empire du pied de cochon, de la tripe, de la tête, du ris, du boudin frais. La rue Desseaux longe (ou plutôt longeait) les abattoirs, d’où ce Veau d’or adoré des mandataires, des tueurs et des bohémiens à notre image (ah belle jeunesse !) C’était un rite que d’aller, « entre hommes », entassés dans deux voitures, y faire ripaille. Viande saignante, saisie, rôtie, bouillie, pour des additions incomparables, vin compris, ce dernier venu de la gare toute proche, expédié par un producteur du Roussillon. Les lieux étaient alors peu fréquentés ; ils le devinrent lorsque surgit la « nouvelle cuisine » et qu’il fallut s’en distinguer. Aujourd’hui il ne reste rien des abattoirs, du Veau d’or d’autrefois. Et rien des bohémiens. Quant à la « nouvelle cuisine »…

Nota bene : Jérôme me signale que mardi 8, le champagne de la Maison de l’architecture n’était pas si mauvais. Admettons.

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