XXV.

Du côté de la médiathèque, n’est-ce pas… Encore ? Toujours ! En mai 2002, rue Jacques-Villon, se tint une grande réunion. Avant la fermeture de la salle publique, Pierre Albertini, Catherine Morin-Desailly, Françoise Legendre, s’employèrent à convaincre du bien-fondé du « voir ce qu’on allait voir ». Les bateleurs avaient du talent et le public (dont j’étais) manquait d’allant. Un groupe d’opposants au projet, anciens responsables et sympathisants de la municipalité défaite, se battit plus sur l’emplacement du futur bâtiment que sur le principe de sa construction.

Simple lecteur, j’intervins, mais mélangeant les dates, confondant 2008 avec 8 ans, j’admonestais le maire sur le fait d’attendre si longtemps une hypothétique ouverture. D’une droite, façon centre, le nouveau maire m’envoya dans les cordes. Mon erreur était exacte : aujourd’hui, en 2008, on attendra encore combien ? Puis j’évoquais le « désherbage » dont « on » m’avait dit qu’il se menait avec désinvolture. Qu’insinuai-je là ! Françoise Legendre, impériale, impérieuse, m’assomma d’un dernier uppercut : en prêtant l’oreille à ces ragots (s’en était), ne mettais-je pas en cause ses compétences, son professionnalisme, moi, lecteur et chercheur bien avisé des anciens fonds et de l’état des acquisitions récentes ? Je ne sais plus qui me ramena, groggy, aux vestiaires.

Boxing-club pour boxing-club, j’ai fréquenté, dans ma jeunesse, vers 1951 ou 52, un nommé Minard, local champion amateur qui traînait de bistrot en bistrot du côté du Vieux-Marché. Pourquoi comment, serait une longue histoire. On se retrouvait chez Mahé, au n° 35 de la place, quasiment à la rue du Vieux-Palais, dans un bistrot près d’une boulangerie, aujourd’hui regroupé sous la même enseigne de je ne sais quel bar à la mode. C’était un lieu incroyable, toujours plein, long comptoir ni tables sans chaises, où les travailleurs des halles venaient s’abreuver entre deux camions à décharger, depuis le milieu de la nuit jusqu’au début de l’après-midi. A croire que l’endroit ne fermait jamais. Minard, homme à tout faire, embauché au jour au jour (lorsqu’il était en état de se lever !), avait une réputation de fort buveur, de beau parleur, et d’être un brin mythomane.

Sa carrière de boxeur se situait avant la Grande Guerre. Minard, ancien poilu, racontait, avec force chambéry-cassis, ses exploits du ring. Son idole était Georges Carpentier qu’il affirmait avoir combattu et vaincu, ici à Rouen, dans ces années d’avant Verdun. Ses vantardises le rendaient, pour le public d’habitués, aussi populaire que raseur. « Toi qui connaît, tu devrais chercher et leur dire » me répétait-il, les larmes aux yeux (celles-ci ne devaient rien à la fumée du caporal).

J’ai cherché et trouvé. En janvier 1912, la Dépêche de Rouen annonça la tenue d’un match-exhibition entre Georges Carpentier, récent champion d’Europe et star du moment, qui serait opposé à Battling Lacroix, vedette de circonstance. Ce fut au Skating de l’ile Lacroix, lieu disparu, ancien cinéma, music-hall, devenu patinoire et finalement hangar détruit dans les années de al reconstruction.

Au jour dit, Carpentier, sans souffrir, vainquit Battling par jet d’éponge au 5e round. Chez Mahé, mes dires et mes preuves me valurent l’indifférence des habitués. Quant à Minard, il me garda rancune de les avoir mises à jour.

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