XXIV.

La lecture quotidienne de Paris-Normandie est riche d’enseignement. Ce jeudi 3 avril, à propos d’une manifestation de cafetiers contre la loi antitabac, je relève ceci : « Cette loi a été conçue par des gens qui ne connaissent la vie que dans les livres. Mais croyez-moi, on va leur arracher quelques pages ! » Phrase terrible qui concentre rancœur, impuissance, ignorance, mêlé à autant de désinvolture, d’indépendance, et au final de liberté. La vie dans les livres, les pages arrachées, nous y voilà bien. Et nous y revoici : dans la cathédrale, dans la bibliothèque, avec le grand cadavre.

Donc la suite. Pierre Albertini hérita d’un dossier dont il se serait bien passé, lui qui, calé dans son siège de Mont Saint-Aignan vingt ans durant (ou tout comme) n’y installa jamais de bibliothèque, laissant ce soin aux bénévoles de Bibliothèque pour tous. Mais Rouen était un autre morceau. On avait attendu cinquante années pour le déménagement, le double pour l’informatisation, il était temps d’agir, c’est-à-dire penser au raisonnable plus qu’au faisable. Bref, reprendre tout à plat. Donc mécontenter et prêter le flan.

La municipalité nouvelle résolut d’accélérer l’informatisation du fichier. Ce faisant, on s’aperçut qu’il fallait procéder à un « désherbage » (ce fut le terme employé) des rayons. En cent ans que n’avait-on accumulé de rossignols (ne serait-ce qu’en 1957, en 1964 ou 1983 !) Chose dite, chose faite, et pendant qu’on y était, histoire de faire des économies, d’avoir la tête dégagée des contingences, pourquoi ne pas fermer la bibliothèque d’études ? Après tout, cette grande salle n’abritait que des étudiants ou lycéens désœuvrés (c’était un peu vrai) et les livres empruntés se comptaient, certains jours, sur les doigts d’une main (c’était toujours un peu vrai).

On ferma. Tant pis, tant mieux… et puis c’était une affaire d’un an ou deux, disons trois (en fait, huit.) La phalange locale des lecteurs et chercheurs émit des protestations, on organisa la communication, on tenta la conciliation et, finalement, il fut entendu qu’on maintiendrait la suppression du prêt à domicile, mais qu’on laisserait une porte d’entrée aux chercheurs désireux d’accéder aux ouvrages du « fonds normand » à savoir ce qui pouvait servir aux éruditions du cru. Point barre. La phalange se consola.

Et la bibliothèque devenue médiathèque ? Ça avance, ça avance disait-on. D’abord le catalogue sur informatique et le fameux « désherbage » expédié de main de maître avec tout le discernement requis. C’était là affaire de professionnels et pourquoi mettre en doute le savoir, les compétences ?

C’est du reste ce à quoi je pense lorsque j’observe, près de chez moi, de l’autre côté d’une grille, un homme en bleu qui élague ses plantations. Particulièrement lorsqu’il rabat ses rosiers grimpants. C’était le cas, il y a peu. Il n’y va pas de main morte avec son sécateur ! A chaque fois, au vu de ce qu’il coupe et du peu ce qu’il laisse comme rameaux, je me dis que rien ne repoussera et que cette fois, c’est tout vu, les rosiers sont morts. Quatre mois plus tard… les premières feuilles apparaissent, les premiers bourgeons, les fleurs… De mauvaise foi, je conclus que ce jardinier saccageur a bien de la chance. Encore un qui connaît la vie par les livres !

1 Réponse à “XXIV.”


  • Je tombe sur votre blog (grâce à l’utile référencement de Monsieur Julien)
    Intéressant.
    Mais… (à propos de la léthargie de Villon) »la phalange se consola » : non, pas tous/toutes

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