XXIII.

Poursuite de mon feuilleton autour de la bibliothèque, au vrai, fragments d’une étude plus longue abandonnée et aujourd’hui reprise sous l’injonction de Jérôme.

Donc entre temps, avant le passage d’Yvon Robert à Pierre Albertini, on s’était activé. La conseillère socialiste chargée des bibliothèques, qui savait à peu près qui étaient le cardinal de Retz, Denis Diderot, Marcelline Desbordes-Valmore et Nathalie Sarraute, sans cerner toutefois leurs appartenances politiques, mit son talent à se mettre à dos Marie-Françoise Rose. Autant dire que « cela se fit tout seul ». Au bout de six mois ou un an, on enregistra une démission et on rédigea l’offre d’emploi pour Télérama.

La bibliothèque où « on allait voir ce qu’on allait voir quand on aurait les sous » vit arriver Françoise Legendre, ex-directrice de la bibliothèque départementale de Seine-Maritime et professionnelle ombrageuse. Avait-elle lu Télérama ? Probablement pas. Quoiqu’il en fut, sa contribution désintéressée au projet était acquise.

Pour avoir connu (un peu) les deux (Rose et Legendre) je témoigne qu’elles étaient, dans des genres différents, issues d’un même moule, l’une étant (Rose) plus attachée au genre patrimoniale et à l’étude ; l’autre aux technologies nouvelles et à la lecture publique ; bref une question de génération.

Oui « on allait voir ce qu’on allait voir ». Et les sous ? On ne les eut jamais. Et même on laissa passer des fonds européens au beau prétexte que cela aurait plus bridé que boosté notre beau projet, lequel était… Mais était quoi, au fait ? Plus personne ne le sait tant on tergiversa entre les attentes et les espoirs.

Secret connu de tous, la lecture publique intéresse peu les politiques ; le droite s’en méfie et la gauche l’ignore puisqu’elle achète ses propres livres, généralement dans de chics librairies. Seuls les communistes (du temps où ils existaient) avaient à cœur de fournir des lecteurs à autant de Triolet que d’Aragon (il y eût de pires choix). Bref, on « allait voir », « on allait voir »… et Yvon Robert perdit les élections remportées par Pierre Albertini, élu aussi presque par défaut, tant ses adversaires, assurés de l’emporter, avaient fait une campagne a minima. En regard, ce centriste, venu de la banlieue haut de gamme, ne s’était pas ménagé, certain qu’il était, non pas de perdre, mais de gagner d’une courte tête.

Du côté de la bibliothèque, l’enlisement était de mise. La Gauche envolée, la Droite atterrie, les nouveaux tenants visitèrent une bibliothèque dont ils ignoraient tout. L’adjointe nouvellement chargée de la Culture eut quelque peine à convaincre qu’elle ne manquait pas de capacités ; les doutes émis l’étaient injustement du reste, car la suite prouva sa ténacité et sa solidité en ses matières. Mais en attendant, il fallait exister et faire exister un prétendu projet.

En ces temps là, j’allais très souvent à la bibliothèque ; je passais de nombreuses heures dans la grande salle beaucoup fréquentée par les lycéens ou des étudiants, lesquels y trouvaient autant un lieu d’études que de rencontres. C’était là comme un port pour retrouvailles et rendez-vous, un asile d’hiver, un autre d’été, une ruche de corps vivants à l’usage d’esprits légers, oublieux et présents au temps. J’observais les va et vient, je bavardais avec les magasiniers, les bibliothécaires, les jeunes étudiants, je consultais mes ouvrages, je prenais des notes, j’attendais la suite.

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