XXI.

La médiathèque, encore et toujours (je n’aurai de cesse) là où elle se trouvera, quand elle se trouvera. Tout a commencé il y a une vingtaine d’années, dans l’été 1988 ou 89, où on fêta le centenaire de la vieille bibliothèque, celle dite « études ». L’été faisait que j’étais à l’Oratoire, dans les Cévennes (vendu depuis). Il me fallut rentrer une journée en avance. Je ne tenais pas à manquer l’événement. Pourquoi ? Par rouennerie sans doute.

Il y avait là une bonne centaine de personne à la moyenne d’âge en accord avec la centenaire à célébrer. Les maîtres de maison n’étaient autre que Jean et Jacqueline Lecanuet, lui déjà malade (il allait mourir en 93), elle toujours rayonnante de cette tristesse mélancolique qui ne la quittait jamais, surtout en public (je ne sais rien du privé). Discours, félicitations, congratulations, il y avait un énorme gâteau – plutôt insipide – qu’on découpa pour l’assistance caquetante. N’ayant trouvé personne de connaissance avec qui passer la soirée, je suis rentré tôt. Plutôt triste.

L’été faisait que beaucoup de Rouennais étaient absents, d’où l’impression d’une fête désenchantée, d’une fin de parcours, comme l’anniversaire des les centenaires où leurs enfants, eux aussi déjà vieux, prennent la parole et se félicitent qu’elle ait « encore toute sa tête » et qu’il y a trois ans elle lisait encore « son journal ». La récipiendaire (faute de genre), pour sa part, ne touche pas au champagne (son diabète) et si on l’interroge, croit se souvenir de la guerre de 14 et du temps où sa mère allait au lavoir, « mais c’est loin ».

Dans la grande salle de lecture, c’était ainsi : soleil éclatant au dehors, rayonnages impassibles, déjà conscients du début de la fin. Marie-Françoise Rose, directrice des bibliothèques, en était d’accord et se projetait dans un avenir immédiat. Pour elle, la centenaire ne vivrait pas 110 ans. Bref, cet anniversaire était sinistre. Rétrospectivement d’autant plus, qu’à une autre inauguration, celle d’un Théâtre des Arts rénové, à la fin 1992, ce fut la dernière sortie publique de Jean Lecanuet. Miné par le cancer, déplumé par la chimio, ne tenant plus ses gestes, sa démarche, son élocution, il voulut faire un dernier numéro sur scène, à la façon du bateleur politique qu’il avait été. Notre ovation se hissa à la hauteur de la performance, c’est à dire qu’on fut sincère autant que lui. Déjà l’affectif prenait le pas sur le raisonnable. En politique, il n’est pas toujours certain qu’on y perde.

A ce propos, un mot sur l’entretien de Pierre Albertini et d’Axel Leclercq publié, ce jour (écrit le vendredi 14 mars), dans Paris-Normandie. Analyse lucide d’une défaite et constat amer d’une incompréhension entre élu et électeurs. On dira ce qu’on voudra, après presque quarante ans de carrière, voilà une sortie expéditive, pas plus méritée qu’imméritée. Le combat de trop ? Possible. Mais sait-on jamais, avant la bataille, que c’est le combat de trop ? A quel moment le sort bascule-t-il, en politique ou ailleurs ? Raymond Aron disait : « En politique, il faut gagner ou il ne faut pas en faire. » Le conseil est redoutable, et à le suivre, on laisse le champ libre aux « méchants ». Quelques uns l’ont, autrefois, compris. Je laisse aux lecteurs le soin de les nommer.

1 Réponse à “XXI.”


  • laure leforestier

    Cher Monsieur Pheillon,

    Vos billets sont des petites gourmandises dont je me délecte avec ravissement et que je guette avec impatience. J’adore vos allers retours incessants entre passé et présent. Pour en revenir à la médiathèque, n’est ce pas une grosse meringue déjà obsolète avant d’ouvrir ? A l’heure des téléchargements et des clés USB, avons nous besoin d’un tel Barnum aux coûts mirobolants tant en investissement qu’en futur fonctionnement ? Quant au conseil de Raymond Aron, je médite…

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