XX.

Me rendant aux archives départementales, je repasse par le pont Boieldieu et retrouve ces bustes picrocolins sensés célébrer les hauts navigateurs. J’ai dit tout le mal que j’en pensais. Il y a mieux : lors d’un précédent passage j’avais remarqué sur le piédestal de chaque statue un rentrage carré, d’environ dix sur dix, laissé vide. Ces carrés vides sont à présent comblés par des plaques d’acier brossé portant mention des donateurs. Ce n’est pas tout de savoir Christophe Colomb, Vasco de Gama ou Lapérouse, il faut apprendre que ces œuvres ont été offertes par la Caisse des dépôts, le Port autonome ou l’entreprise chocolatière Ferrero (exemples parmi d’autres). Qui plus est, chaque donateur est introduit de la mention « offert par ». Beau mélange de mécénat et de publicité, lequel, ajouté aux bustes et aux jardinières, complète un ensemble représentatif de la vulgarité et de la bassesse de l’art officiel vu par nos édiles. Ajoutons que le piédestal de chaque statue porte également, toujours en acier brossé, l’indication « sculpteur : J.-M. Du Pas », sans doute pour que le passant inattentif s’en persuade et finisse par le savoir « par cœur ».

Encore deux heures de perdues à discutailler et me lasser de savoir où en sont mes stocks, ce qu’il va en advenir et à quelle sauce sera, au final, mangé Ouest-Archiv. Ce projet de « mémoires du temps présent, passé et retrouvé » sous forme papier et dans l’aléatoire de la production et de la collecte, élaboré au début des années soixante-dix et mené jusqu’à l’incendie de janvier 2002, n’aura convaincu que moi (ou à peu près). Qu’en reste-t-il ? Environ 13.000 cartons stockés et inventoriés dont les flammes n’auront épargné qu’une mince partie pour mieux la soumettre aux ravages des lances des pompiers. Du moins c’est ce qu’on essaie de me faire croire. Je suis désormais persuadé que seuls mes listings pourront me sortir d’affaire.

Quittant mes interlocuteurs de l’Hôtel du Département (nouveau nom de ce que fut le Conseil Général) je croise R***, conseiller nouvellement élu. Dans le grand hall, commentons les dernières élections ; sommes d’accord : la ville gagnée par la Gauche est une bonne chose mesurée à l’aune de l’unité politique, Agglomération et Département. La municipalité n’aura plus le prétexte des guerres politiques pour ne pas agir. Pour le reste, R*** pense comme moi et me raconte ceci : (………………………………………………..) (plusieurs lignes censurées par Jérôme).

Au lieu de revenir directement, mes pas me dirigent vers le Centre St-Sever où j’achète un sandwich à quelque chose dénommée La Grignotière ou La Grignoterie, juste en face le magasin Tati. C’est médiocrement bon, mais d’un prix suffisamment modeste pour ne pas faire le difficile. Presque midi et place des Emmurées, c’est jeudi, je musarde dans ce qui reste du marché à la brocante. Rien de passionnant sinon une édition usagée de Washington Square, d’Henry James, que j’emporte pour trois euros (le prix de mon sandwich). Washington Square, dans d’autres éditions, s’intitule L’Héritière. Je repense à Valérie Fourneyron et à ce que m’en a dit R***. L’Héritière, oui, ça n’est pas si mal trouvé. Dernière chose pour cette héritière : qu’avant ma mort, elle me débarrasse de ce parking des Emmurées, ignominie absolue.

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