XVIII.

Cette période de campagne électorale est (a été ou fut) propice aux projections, pour les candidats et les électeurs, d’un Rouen du futur travaillé par les communicants. Prospectives, perspectives, photo-maquettes, expression graphique de la ville rêvée… ceci et cela servis par la technique digitale flatteuse, consensuelle, consumériste. Bref, tout sauf la ville réelle ; rien, sauf la ville rêvée.

Pour ce qui nous occupe (ici à Rouen, municipales de 2008) le record semble être du côté de Valérie Fourneyron et de son Rouen motivée (au féminin donc), de Rouen, la ville aux 100 projets. Cet épais livret n’est qu’un prospectus immobilier mâtiné d’un programme de tour-opérateur. On y voit des vues aussi iréniques qu’irréalistes des boulevards convertis en promenade pour bicyclettes, voitures d’enfants, marcheurs dominicaux, rares voitures et introuvables camions ; vient ensuite un chichiteux square à la place du parking de la Haute-Vieille-Tour ; puis la perspective vide, creuse et arborée de l’espace laissé par la démolition du Palais des Congrès…

Le pire c’est qu’il ne s’agit pas là de promesses électorales ; non, c’est plus malin, ce sont de pistes de réflexions, des suggestions, des « imaginons que… », finasseries assorties de rédactions pesées au décigramme pour dispenser l’optimisme consolateur. J’en retiens deux : l’idée de mettre un remonte-pente pour vélos avenue de la Porte des Champs, et celle de voiturettes électriques pour véhiculer les personnes âgées dans les allées des cimetières. J’ai hâte de vivre assez pour les voir !

Bref, faisons rêver, rêvons, il en restera toujours quelque chose. A cet égard, Valérie Fourneyron a bien retenu la leçon de 2001 lorsque la campagne de son colistier Yvon Robert s’était enlisée en raison d’un réalisme trop comptable. Faisons un rêve, mais en sachant pertinemment qu’il n’y aura aucun jardin à la place de l’Espace Monet, que les boulevards extérieurs resteront les autoroutes qu’ils sont (et pour longtemps), qu’enfin la place de la Haute-Vieille-Tour, débarrassée de ses bagnoles, mériterait mieux qu’un square pour chiens foireux.

Je note que la couverture dudit catalogue s’orne d’une photo ratée de la candidate, avec de bonnes joues vermillon, style « Normande d’cheux nous ». A voir de loin, on croirait les 100 mots fléchés de Tatie Valérie.

Tout cela est navrant, désespérant, injustifiable. J’en parle d’autant plus librement que j’ai demandé à Jérôme de ne publier cette chronique qu’une fois les élections passées, et qu’assurée soit la victoire (acquise, ceci est écrit au début février 2008) de la candidate. Publiée avant le scrutin, elle m’aurait valu les foudres socialistes et m’aurait rangé dans le parti adverse (rien de déshonorant, par ailleurs).

Pour le reste, la campagne de Valérie Fourneyron est plus imaginative (comme l’était celle de Pierre Albertini en 2002) ; et celle de Pierre Albertini plus exténuée (comme l’était celle d’Yvon Robert). Leçon à retenir pour la gagnante et le perdant : l’électeur est versatile (il aime le changement), il est pugnace (il veut des résultats), il est inconséquent (il veut le contraire de tout). Écrit le 5 février, publié dans Rouen Chronicle le 13 mars, une fois la victoire de Valérie Fourneyron acquise.

1 Réponse à “XVIII.”


  • Hum, hum, « la technique digitale flatteuse, consensuelle, consumériste. »

    N’en a t-il pas toujours été des techniques picturales de communications, de tous temps et partout? Bizarre (et tellement répandu!) d’attribuer au « contenant » les errances des contenus.

    J’avais, dès sa publication, publié la couverture du programme de VF à coté d’un magazine à deux balles genre téléZ. Ça fait plaisir de pas être seul à avoir constaté la médiocrité de la chose. Ces vues idylliques et mensongères que vous décrivez sont un véritable scandale et montre bien à quel point les politiques sont macqués par la com. Et tiens je profite de l’occasion pour dire un petit mot sur le métro. La majeure partie des aménagements « artistiques » sont soit en pannes, cassés ou supprimés / souvenez-vous de l’horloge multi-cadrans de la station théâtre de arts! Je me suis même fendu d’un coup de fil au métrobus pour réclamer que soit remis en éclairage les panneaux bleus au-dessus du tunnel et qui évoque le ciel (ils ont pris note!). Oui je sais c’est pas grand chose, mais quand je vois les pubs clinquantes et nickels, brillantes de lumière, je me dis que l’on a vraiment perdu une bagarre. Oh! Pas une bagarre de trois coups de poings en dix minutes, non, mais une bagarre étirée sur quelques décennies, une lente et déprimante glissade vers le vulgaire et l’arnaque.

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