XVII.

Mal fichu ces jours-ci, je ne sors guère de chez moi. A relire des notes prises, je relève une faute dans la déclaration de Pierre Albertini (encore) à propos de mai 68 (cf. Paris-Normandie du 14 septembre dernier). Le maire déclarait (dixit le quotidien) : Lorsque De Gaulle a dit « Je dissous », il y a eu le fameux défilé, et 10.000 personnes dans la rue à Rouen. Je me suis dit : c’est inversement proportionnel à la trouille qu’ils ont eu, d’où l’image des carabiniers qui arrivent après la bagarre… »

Pourquoi « inversement proportionnel » ? C’est proportionnel seulement qu’il fallait. Reste qu’on comprend le fond du propos. Dans cette même note, j’ai parlé des « tergiversations » de Pierre-René Wolf. Il faudrait relire un à un les éditoriaux dudit, mais il me semble que dans son esprit il y avait pas mal de chaud et de froid, qu’il soufflait tant que le journal a paru.

Autre chose, je dis « Albertini, classé alors à l’extrême-droite ». Voilà qui mérite explication ; il devait penser, étudiant, plutôt à droite ou déjà au centre, mais certainement pas à l’extrême-droite. On le classait ainsi, parce qu’étudiant en droit et affilié à la Fédération des étudiants nationalistes (effectivement très droitière) mais c’était le classement des gens d’extrême-gauche que je fréquentais alors (pourquoi grands dieux !) La raison en était surtout qu’Albertini n’avait pas les cheveux longs, portait une cravate et goûtait peu la parole de Fidel Castro. Surtout, il était « pied noir », or tous les pieds noirs étaient à nos yeux, d’extrême droite, tous ralliés à l’Oas.

Dans cette relecture, je note aussi « l’édition locale de L’Enragé ». J’ai le souvenir que L’Enragé était un journal, au départ, édité par le Comité d’action étudiant, avec le soutien de Jean-Jacques Pauvert et de grosses contributions de Siné. Il y en eu des imitations en province, dont l’édition rouennaise (à moins que ça ne soit la seule ?). C’était un journal plutôt sympathique et guère dogmatique, du genre qui a ouvert la voie à Hara Kiri. Rouen suivait le mouvement dans le genre « le pouvoir est dans la rue » mais sans aller plus loin.

A propos de Colette Magny, j’ai dit qu’elle fumait « Gauloises sur gauloises ». D’après sa nécrologie, parue dans L’Humanité en 1997, elle fumait des Gitanes. La nuance est d’importance. Pour les générations futures qui, bientôt, ignoreront l’ère tabagique, il faut savoir que le tabac brun était alors connoté viril et classé socialement. Fumer des Gauloises, c’était être au bas de l’échelle ; fumer des Gitanes, c’était être plus haut dans la hiérarchie, et fumer des blondes (souvent anglaises ou américaines) c’était faire partie de l’établissement. Il y aurait, du reste, une fine typologie à établir entre les fumeurs de pipes, de blondes à filtre, ceux fumant de blondes françaises (Royales ou Fontenay), ceux fumant des gros modules telles les Celtiques. Et les cigares, les cigarillos, bientôt les cigarettes mentholées. Tout un univers et qui réclame une grande connaissance.

2 Réponses à “XVII.”


  • L’enragé rouennais wahou!

    bon, sinon, ça y est rouen a dit albertiNON, bon c’est pas encore la révolution, mais bon!

  • Fin des années 70, je fumais des « Peter Stuyvesant », c’était très mode. Le goût, le packaging, Ny city; déjà du rêve, ce même faux rêve que l’on retrouve toujours to day avec la technologie, les fringues, la bouffe et les attitudes.

    Mon père était un ouvrier, il fumait des gauloises.
    Sur les tables familiales de repas de communion trônaient au coté des apéritifs (pas encore américains) des petites assiettes dans lesquelles étaient disposées cigarettes brunes ET blondes, signe d’une certaine « modernité » qui commençait à pénétrer le prolétariat. On voyait ainsi qui était « dans le coup » et ne l’était pas dans la famille…

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