XV.

Au final, l’architecture est-elle une réponse ? Le fait est têtu, mais la plupart du temps, le contenu prime sur le contenant. Les décideurs (élus ou non) pensent le contraire ; que le projet et sa réalisation valent pour l’ensemble. Peu importe ce que ça abritera, bureaux, logements, lycée, médiathèque… le tout est que « ça marque » et ça flatte. La désignation du signataire et les perspectives à l’ordinateur suffisent. Le reste suivra. Une fois le bâtiment visible, on sera passé à autre chose.

J’attends avec impatience, vu mon âge (pas seulement) l’inauguration de la médiathèque de Rudy Ricciotti. Gageons qu’il va y avoir les pour, les contre, et que passeront à la trappe l’utilité et le fonctionnement du lieu. Bémol cependant, car ladite médiathèque se trouvant là où elle sera, dans les sables mouvants d’un quartier perdu, personne n’ira y voir pour alimenter le débat. J’ai été « approché » (comme on dit à présent) pour être du jury ; finalement je suis content que mon nom ait été écarté.

La future médiathèque, sera ce qu’elle sera, par son contenu, par son fonctionnement, par sa fréquentation, par ses activités. Uniquement. J’aurai à en reparler. Enfin, j’espère.

J’ai toujours redouté le débat actuel, à sa voir celui de « l’aspiration des citoyens » et du consensus architectural moyen. Pas de tours, pas de grands ensembles, presque pas d’immeubles ; des « maisons de ville », du pavillon, sans trop, ni trop peu. Du moyen, encore, toujours. Construire « pour les gens » ? La belle affaire. Ceux-là (qui ?) ont toujours un avis sur ce qui se construit, à de rares exceptions près, le même que celui des architectes. Pour deux ou trois stars, combien de Kaufman & Brod, Bouygues, Quille, Vinci et autres, qui, eux, ne relèvent pas (pourquoi, comment, c’est un mystère) de la critique.

Un architecte n’est pas un artiste ; il n’a pas à âtre visible ou exceptionnel. Or, le plus souvent, c’est ce qu’on lui demande. Sans doute pour sanctifier le contraire.

J’y réfléchissais en revenant de Caen, pour l’inhumation (crémation) d’Alain Robbe-Grillet. Jérôme s’est arrangé pour me conduire. C’était vendredi (22 février), le « grand homme » étant mort le 18, arrêt cardiaque a-t-on dit. Je ne l’avais pas revu depuis 71 ou 72, lorsqu’il fut, pour moi, question d’être publié chez Minuit, projet avorté, un peu de ma faute du reste.

Temps magnifique, pratiquement personne, une centaine peut-être et guère de gens connus, ce qui est assez navrant quant on y songe. Catherine, son épouse, des proches parents, un frère, m’a-t-il semblé. Des autorités aussi, mais rien de notable. Atmosphère sinistre, pas seulement à cause du deuil. A peine étais-je assis dans le crématorium que je me demandais ce que je faisais là.

J’ai connu Robbe-Grillet d’abord lors des cocktails Gallimard (années Soixante), puis ensuite, devenu directeur littéraire chez Minuit. Il avait aimé 325 studios qu’il jugeait cependant « encore trop beckettien ». Lors d’un dernier rendez-vous, nous avions déjeuné dans une brasserie du boulevard Saint-Germain. Jérôme Lindon nous y rejoignit pour un café plus que distant. Curiosité : le repas s’acheva à s’étonner su succès d’un énième roman de… Françoise Sagan. Auparavant, avions parlé architecture, « puisque », me disait Robbe-Grillet « la plupart de mes romans en dépendent ».

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