XIV.

Campagne pour les municipales, les conversations vont bon train pour entrevoir l’avenir de la ville et se lamenter du bilan de la gestion qui s’achève. C’est dans la règle du jeu. Les adversaires de Pierre Albertini frappent dur et fort, souvent mal à propos, et se souviennent peu qu’en février ou mars 2002 ces mêmes (d’autres ?) n’avaient pas de mots assez durs pour stigmatiser le passif d’Yvon Robert dont, du reste, on prévoyait (moi le premier) la réélection sans coup férir. Le résultat fut un choc.

Mon âge me permet d’assurer que la donnée nouvelle des différents scrutins est désormais l’attitude versatile de l’électeur. Autrefois on était plus politique, plus fidèle. En ce qui concerne les municipales, par exemple, on était moins enclin (beaucoup moins) à s’intéresser aux affaires de la ville. Au sortir de la dernière guerre, personne n’aurait eu l’idée de râler sur le manque de propreté de la place du Vieux-Marché, les poubelles des commerçants de la rue des Carmes, du stationnement sauvage sur les quais. Tout était dans l’ordre, rien ne changeait, il n’y avait rien à changer. Certes on discutait de la Reconstruction (dans un sens toujours positif), des nouvelles voies de circulation du côté de Saint-Éloi, accessoirement de tel ou détail du « bien vivre » mais sans plus.

L’important c’était la politique, la vraie. La politique, ce n’était pas l’affaire du maire (encore moins de Conseil général !). Les merdes de chiens ou les encombrants ne régleraient la guerre d’Algérie, la guerre du Vietnam, le sort du Palais des congrès ne guère ferait avancer la décolonisation ou accroitre l’essor des pays de l’Est. L’idéal des êtres n’était pas sur le pas de la porte. Les tag’s de l’époque disaient « Non à De Gaulle » ou « OAS vaincra ». Voter contre Chastellain, Tissot ou Lecanuet, c’était voter communiste et son allié le Psu. De la construction de Lionel-Terray ou du parking de la Pucelle, on s’en contrefichait.

Une fois éteintes les vieilles lunes, Staline, Mao et Guevara morts, les Cambodgiens ayant vécus ce qu’ils ont eu à vivre, nous avons fini par nous convaincre que le réel résidait dans des proximités immédiates, nécessaires, invincibles. Ainsi naquirent voies piétonnes, Centre Saint-Sever, Carrefour à Barentin, bref s’érigea la société de consommation et s’épanouit celle du spectacle.

Nous avons aujourd’hui le sentiment qu’il y a peu à faire contre la guerre en Érythrée, le prix du baril de pétrole et peu à dire sur le bien fondé des importations chinoises. Pour ça il faut être spécialiste (et encore !) D’où ce repli commode, sécurisant, paresseux, à débattre du manque d’espaces verts ou de pistes cyclables, toutes choses qui marquent l’actuel débat électoral. Gagne ou gagnera celui (ou celle en l’occurrence) qui saura faire admettre que Flaubert n’avait pas besoin de lire Marx pour être de son temps. Pas si facile qu’il y paraît. Et assez décourageant.

Incise : mais tout cela n’est peut-être qu’une affaire de génération ? L’alter-mondialisme pour les jeunes, les jolies rues pour les vieux ?

Les gens de mon âge ont eu des difficultés à entrer dans ces nouvelles considérations. Ma jeunesse s’est passée (s’est perdue) à croire à la politique, à la Révolution, au progrès (quoi encore ?), choses qui n’ont pas résisté aux faits têtus et contrariants. Après ça, que conclure ?

1 Réponse à “XIV.”


  • La première partie de votre texte contient des choses très pertinentes et m’a remis en images-mémoire ce grand Tissot à la distribution des prix de l’école; était-il grand vraiment ou étais-je simplement minuscule?

    A partir des vieilles lunes, je n’adhère plus à votre texte ni à vos raccourcis entre les derniers dinosaures totalitaire et le centre St Sever, même si j’entrevois le fond de votre pensée.

    Quand aux jeunes, je ne suis pas sûr qu’ils aient tous envie de déambuler dans les ruelles compliquées de l’alter-mondialisme; ils ont en cette époque des préoccupations plus urgentes et ordinaires. Enfin, il me semble.

    Au plaisir de lire votre suite.
    Le Major

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