XIII.

Dimanche comme un autre ; le clos Saint Marc par un froid vif, mais sec. Après les pommes de la semaine, j’effectue mon rituel tour des brocanteurs, ceux-ci, aujourd’hui, en assez grand nombre. Chez mon habituel « 1 euro dans les caisses ! 1 euro les livres ! » je trouve Paris vécu (1ère série : rive droite) de Léon Daudet, édition de chez Gallimard, date de parution 1929. La couverture est légèrement déchirée et la page de garde porte une signature, indéchiffrable malgré, une fois rentré, mes efforts. Quelques phrases lues au hasard m’indiquent le ton et la forme de ces habituels récits de déambulations urbaines, même veine littéraire que chez Fargue, Apollinaire, Aragon, Breton, Jean Rolin… genre assez « français ». Je parle ici évidemment du Daudet littéraire et non du politique ; de ce côté, l’Histoire a jugé ce qu’il y avait à en penser.

En haut de la place, les distributeurs de tracts politiques sont au rendez-vous. Municipales oblige, voici revenu le temps des catalogues de rêve pour vendeur immobilier ; Rouen est coupée en rondelles et chaque projet détaille la ville du futur où il fera bon vivre. On ne peut que frémir à la vision de ce ciel uniformément bleu où chacun se balade en tee-shirt, sourire aux lèvres, en perpétuelle vacance de temps et d’esprit, surtout d’esprit. Bah, faut vivre.

La quatrième de couverture de Paris vécu (5e édition !) est une leçon de modestie. C’est l’habituel « extrait du catalogue » des éditions de la Nouvelle Revue Française. On apprend donc qu’on y a publié (ou qu’on y publie) Guillaume Apollinaire, Max Jacob, Valéry Larbaud, et Guy de Pourtalès, assurément ce dernier le moins connu des quatre, à tort du reste car La Pêche miraculeuse est un curieux roman. Mais la liste continue… que penser de la survie de Lucien Fabre, d’Eugène Marsan, de Thierry Sandre et d’Eugenio D’Ors ? Ils se partagent et le peuvent pour l’éternité des écrits intitulés : Le Chèvrefeuille, Les Chambres du plaisir, Le Tarramagnou, Le Rire et les rieurs… Qui s’en souvient, qui les lit ? Je les évoque ici par piété.

Rentrant, je remonte la rue Martainville et longe l’église Saint-Maclou, itinéraire où personne, même en été, ne se risque en tee-shirt par crainte d’une bonne pneumonie. Au passage, une pensée pour François Lespinasse dont la galerie, au n° 220, est désormais fermée. En voilà un qui n’aura pas abdiqué, entêtement qu’on lui aura, à Rouen, fait cher payé. Lorsque nous avons travaillé sur l’affaire de la fresque de Francis Picabia (histoire qu’il faudra raconter), il me plaisantait : « Vous en connaissez du beau monde, M. Phellion ! » Vrai qu’alors je me sentais des ailes. On nous les a vite rognées. A lui, comme à moi, du reste.

Rue Damiette, place du Lieutenant, rue de la République, place Saint-Amand… j’ai le temps de repenser à la communication politique qui n’est plus que de la communication. Moyen de faire autrement ? C’est ce que nous voulons tous : du papier glacé en quadrichromie, des perspectives d’architectes et d’urbanistes, de courts textes vaseux… un peu ce que j’ai fait toute ma vie. J’arrête là, ça s’appelle « cracher dans la soupe ».

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