XI.

Dîner chez Molineux. Là, outre le maître de maison, Eva, Frédéric, Mado, F***, d’autres et d’autres, tous plus ou moins gens du milieu, tous noms rouennais de gauche (enfin d’après eux) que je pourrais citer mais que Jérôme m’interdit. Sinon Frédéric, l’assemblée frisait la soixantaine, ce qui n’est pas pour me réjouir. Comme à l’accoutumée, dîner exécrable, à demi-froid dans une salle à manger glaciale (m’a-t-il semblé), sous ce gigantesque lustre de cristal Louis XV. Les plats de je ne sais plus quel traiteur sont servis dans ce service Wedgwood venus des temps napoléoniens et dont, sur les quelques 262 pièces, rien que ça, il ne manquerait – dixit Eva – que trois assiettes à entremet. J’écris « de je ne sais plus quel traiteur », en faut, je le sais fort bien, mais Jérôme (encore) veille à ne pas me faire avoir de procès.

Le côté brocanteur de Molineux m’a longtemps amusé ; aujourd’hui, il me lasse. Je préférerais plus de chauffage et moins d’authentique. De fait, si les objets sont vrais, c’est bien la passion mise à les acquérir et à les faire valoir qui relève du toc. Mais je suis peut-être un peu injuste ; vrai que tout ce joli monde m’a excédé.

Conversation sur des sujets divers, surtout les élections et des deux principales listes qui vont en découdre. Le fait de m’inviter avec F*** est qu’on attendait (espérait) quelques balles de match. On a su mon récent engouement pour le MoDem et ma rapide désillusion de le voir, à Rouen (et ailleurs !) se couler dans le moule de l’Udf d’autrefois. Autour de la table, on s’est étonné de ma naïveté. J’ai endossé complaisamment le costume du nouveau converti au culte du « gourou orange ». Chacun s’est trouvé comblé.

La forme aidant, j’aurais pu leur dire deux ou trois vérités : qu’ils ne croient ni à Dieu, ni à Diable, qu’ils n’ont, au final, aucune patrie, que leurs opinions politiques ont toujours été celles du moment, à savoir celle de leur intérêt personnel, immédiat. Pour mars ils pronostiquent (et espèrent) la victoire de Valérie Fourneyron (quasi au 1er tour), rejettent la personne de Pierre Albertini et, dans la foulée, ne cessent de gloser sur les Sarkosinades réelles ou supposées, au vrai la source des rancœurs. Les municipales revanche des présidentielles ? Ils esquivent à peine le fait. A la question « que reprochez-vous au bilan d’Albertini ? » ils noient le poisson ; bref, on « veux » Fourneyron parce qu’on aimerait changer de papier peint, c’est tout. Ils ont l’impression d’avoir une opinion, en fait, ils n’ont que des humeurs. Je n’aimerais pas être élu de cette manière.

Raccompagné en voiture, presque de force, par Frédéric. J’ai de moins en moins le loisir de prendre mon temps, respirer l’air du soir, même celui d’hiver. Impossible de rentrer à mon rythme, lentement, prendre telle ou telle rues au hasard, flâner presque, à deux heures du matin, prendre, ce que j’aurai fait, les rues Saint-Patrice, Dinanderie, du Sacre… Autre défaut du grand âge : on me croit fragile et on s’admire de faire des politesses envers un vieux monsieur. Mais là encore, je suis injuste. Pauvre Frédéric !

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