X.

Passé ce mercredi à classer et trier dans ce que j’appelle la « réserve du haut », c’est-à-dire dans les cartons d’invendus du temps de l’imprimerie. Il me faudrait être raisonnable et ne conserver que deux ou trois exemplaires de ce qui reste en stock. Déjà je dois éliminer les éditions courantes et tout ce qui a souffert de l’humidité. Qu’ai-je à conserver trente exemplaires du Buisson de la Croix de Jacques Aymard, dix-huit du Matin d’Oscar de Pierre May ? Sans parler du reste. Ils ne se sont pas vendus en leur temps ; ils ne se vendront plus maintenant. Sur la trentaine d’ouvrages édités, les seuls qui se sont vendus ont été les réimpressions de classiques. J’ai bien vendu les Nerval, surtout Sylvie, un peu moins les deux Verlaine (Mes Hôpitaux et Mes Prisons) dont pourtant il ne reste rien. N’empêche, le présent désherbage me répugne et je crains, encore une fois, de laisser tout en plan. Suite et fin viendront d’elles-mêmes.

Hier, inhumation de Colette. Au crématorium du Monumental. Suis monté en taxi. Peu de monde et un froid des plus vifs. Les lieux sont toujours aussi impersonnels et je commence à les connaître (un peu trop à mon goût). Cercueil de bois sombre, des fleurs, et le Capricio de Bach, par Ginette Neveu, m’a-t-il semblé. J’ignorais qu’on l’avait réédité. Comme ça passait en boucle, j’ai eu le temps d’apprécier et, comme d’habitude, de déplorer qu’on ait nettoyé tous les craquements des microsillons. Décidément, il n’y plus qu’aux enterrements (enfin certains, pas tous) qu’on entend de la bonne musique. Cérémonie brève vu l’assistance. H***, plutôt marqué, avec pour escorte un couple de cousins que je ne connaissais pas. Quelques mots ont été dits, mais il en aurait fallu d’avantage. Regardé le cercueil disparaître comme dans un tour de magie, façon Malle des Indes. S’en est donc fini de Colette. Une poignée de cendres et un « dernier coup d’archet ». Suis redescendu à pied, par le rue Francis Yard (vue admirable sur la ville) et ai repris le métro au Boulingrin.

Aujourd’hui, passant rue Massacre, je replongeais un peu plus de cinquante ans en arrière, lorsque j’occupais une chambre chez les Vignon. Il y avait dans cette rue le grand Café du Centre, la boutique de Tsf du père Courtin, un bazar, un autre café, le père Justin, un charcutier, un boulanger nommé Mariette, une crémerie, un tailleur (Delaunay), La Cloche d’argent (torréfacteur), une boucherie, un grand magasin de lutherie (Bocandé), aussi une demoiselle Mallet qui tenait un salon de coiffure… Le soir, en hiver, les boutiques restaient tard ouvertes, illuminant la rue, la transformant en une sorte de quartier à elle seule. En été, certains des commerçants sortaient des chaises et échangeaient des propos de porte à porte. Chez Justin, je pouvais entrer passé neuf heures, y acheter de quoi manger, un demi-jambonneau le plus souvent, dégusté à sur une table du petit café tenu par Yvonne Déville, à l’angle de ce qui allait devenir la rue Émile-Verhaeren. Avec un verre de muscadet, parfois une portion de frites, j’étais calé et pour une addition dérisoire.

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