IX.

Ce matin, bref courriel de H*** : « Ma mère s’est endormie pour toujours ce matin, sans souffrir. J’arrive demain matin à Rouen, organiser les obsèques. » Coup rapide, mais pas une surprise. La mère de H***, à qui j’ai fait une visite il y a un certain temps, devait approcher les 90 ans. Je l’avais trouvé alors diminuée, au point que je me suis demandé si elle était « encore là ». La conversation, au début, alla bien, mais au bout d’une heure, j’ai perçu qu’elle se fatiguait. Vivait encore seule dans sa maison du quartier Saint-Gervais ; elle se tenait, semble-t-il de façon permanente, dans la cuisine, où on avait installé un canapé. N’ouvrant pas (vrai qu’on était en février) l’atmosphère était irrespirable, fait de remugles indistincts sur lesquels flottait l’odeur de pisse des chats (à propos que deviendront-ils ?)

Ma visite n’était pas désintéressée. Plus que de saluer une vieille amie, je venais chercher des souvenirs à archiver. Son père, Ludovic Harang, qu’elle se souvenait avoir entendu raconter un tas d’histoires de peinture, était né en 1879. Il avait commencé à collectionner très tôt et avait plus ou moins connu Derain, Braque, Vlaminck, Modigliani, ce dernier surtout, dont il fut l’intime et dont il recueillit les dernières paroles.

Quand Harang redevint rouennais, il rapatria sa collection et acquit la production locale, surtout celle des XXX (les Trente) ou de la Société normande de peinture moderne (Dumont, Marquet, Dufy, Tirvert, etc.)  A sa mort prématurée, en 1931, la collection fut vendue, à une époque où la peinture (même celle-là et ici) se vendait mal. Inutile de dire que l’héritière ne s’est guère enrichie avec Metzinger, Gleizes, La Fresnaye… non plus qu’avec un magnifique Juan Gris, Bouteille et compotier, huile sur bois, aujourd’hui au Kunstmuseum de Bâle, alors adjugé à un peu plus de 20.000 francs. Quasiment rien.

Je savais qu’un catalogue de la vente existait, conservé (ou pas) chez la mère de H***. Je voulais savoir si cette « Collection d’un amateur normand » comportait beaucoup des XXX et de la Société normande, et lesquels. J’ai trouvé Colette si mal en point que ma requête s’est envolée. A présent, je me vois mal demander à H*** si ledit catalogue existe bel et bien, et si on a une chance de le retrouver. A chaud (en l’occurrence, mauvaise expression) c’est délicat ; par la suite, je crains qu’il vide la maison avec ses dextérité et célérité coutumières.

Colette est-elle morte chez elle, à l’hôpital ? A quand l’inhumation et où ? Pour le catalogue, je tenterais ma chance. Colette, rencontrée après la guerre, alors qu’elle occupait la place de 1er violon au théâtre-cirque, maintint une exceptionnelle personnalité jusqu’à il y a encore cinq ou six ans. Cultivée, d’allure et de caractère très libres, elle a élevée son fils seule au milieu de grandes difficultés qui épuisèrent l’héritage du grand-père. N’en restait que cette bicoque remplie de vieilleries, où il n’y a pas le tout-à-l’égout, mais où on venait admirer chaque printemps la floraison du splendide magnolia. « Ceci explique cela » disait-elle en montrant l’emplacement de la fosse sceptique. Colette a eu, je crois, une liaison assez longue avec X (ici c’est Jérôme qui censure), mort il y a peu et qui avait presque vingt ans de moins qu’elle. Raconter tout ça.

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