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Archive mensuelle de février 2008

XIV.

Campagne pour les municipales, les conversations vont bon train pour entrevoir l’avenir de la ville et se lamenter du bilan de la gestion qui s’achève. C’est dans la règle du jeu. Les adversaires de Pierre Albertini frappent dur et fort, souvent mal à propos, et se souviennent peu qu’en février ou mars 2002 ces mêmes (d’autres ?) n’avaient pas de mots assez durs pour stigmatiser le passif d’Yvon Robert dont, du reste, on prévoyait (moi le premier) la réélection sans coup férir. Le résultat fut un choc.

Mon âge me permet d’assurer que la donnée nouvelle des différents scrutins est désormais l’attitude versatile de l’électeur. Autrefois on était plus politique, plus fidèle. En ce qui concerne les municipales, par exemple, on était moins enclin (beaucoup moins) à s’intéresser aux affaires de la ville. Au sortir de la dernière guerre, personne n’aurait eu l’idée de râler sur le manque de propreté de la place du Vieux-Marché, les poubelles des commerçants de la rue des Carmes, du stationnement sauvage sur les quais. Tout était dans l’ordre, rien ne changeait, il n’y avait rien à changer. Certes on discutait de la Reconstruction (dans un sens toujours positif), des nouvelles voies de circulation du côté de Saint-Éloi, accessoirement de tel ou détail du « bien vivre » mais sans plus.

L’important c’était la politique, la vraie. La politique, ce n’était pas l’affaire du maire (encore moins de Conseil général !). Les merdes de chiens ou les encombrants ne régleraient la guerre d’Algérie, la guerre du Vietnam, le sort du Palais des congrès ne guère ferait avancer la décolonisation ou accroitre l’essor des pays de l’Est. L’idéal des êtres n’était pas sur le pas de la porte. Les tag’s de l’époque disaient « Non à De Gaulle » ou « OAS vaincra ». Voter contre Chastellain, Tissot ou Lecanuet, c’était voter communiste et son allié le Psu. De la construction de Lionel-Terray ou du parking de la Pucelle, on s’en contrefichait.

Une fois éteintes les vieilles lunes, Staline, Mao et Guevara morts, les Cambodgiens ayant vécus ce qu’ils ont eu à vivre, nous avons fini par nous convaincre que le réel résidait dans des proximités immédiates, nécessaires, invincibles. Ainsi naquirent voies piétonnes, Centre Saint-Sever, Carrefour à Barentin, bref s’érigea la société de consommation et s’épanouit celle du spectacle.

Nous avons aujourd’hui le sentiment qu’il y a peu à faire contre la guerre en Érythrée, le prix du baril de pétrole et peu à dire sur le bien fondé des importations chinoises. Pour ça il faut être spécialiste (et encore !) D’où ce repli commode, sécurisant, paresseux, à débattre du manque d’espaces verts ou de pistes cyclables, toutes choses qui marquent l’actuel débat électoral. Gagne ou gagnera celui (ou celle en l’occurrence) qui saura faire admettre que Flaubert n’avait pas besoin de lire Marx pour être de son temps. Pas si facile qu’il y paraît. Et assez décourageant.

Incise : mais tout cela n’est peut-être qu’une affaire de génération ? L’alter-mondialisme pour les jeunes, les jolies rues pour les vieux ?

Les gens de mon âge ont eu des difficultés à entrer dans ces nouvelles considérations. Ma jeunesse s’est passée (s’est perdue) à croire à la politique, à la Révolution, au progrès (quoi encore ?), choses qui n’ont pas résisté aux faits têtus et contrariants. Après ça, que conclure ?

XIII.

Dimanche comme un autre ; le clos Saint Marc par un froid vif, mais sec. Après les pommes de la semaine, j’effectue mon rituel tour des brocanteurs, ceux-ci, aujourd’hui, en assez grand nombre. Chez mon habituel « 1 euro dans les caisses ! 1 euro les livres ! » je trouve Paris vécu (1ère série : rive droite) de Léon Daudet, édition de chez Gallimard, date de parution 1929. La couverture est légèrement déchirée et la page de garde porte une signature, indéchiffrable malgré, une fois rentré, mes efforts. Quelques phrases lues au hasard m’indiquent le ton et la forme de ces habituels récits de déambulations urbaines, même veine littéraire que chez Fargue, Apollinaire, Aragon, Breton, Jean Rolin… genre assez « français ». Je parle ici évidemment du Daudet littéraire et non du politique ; de ce côté, l’Histoire a jugé ce qu’il y avait à en penser.

En haut de la place, les distributeurs de tracts politiques sont au rendez-vous. Municipales oblige, voici revenu le temps des catalogues de rêve pour vendeur immobilier ; Rouen est coupée en rondelles et chaque projet détaille la ville du futur où il fera bon vivre. On ne peut que frémir à la vision de ce ciel uniformément bleu où chacun se balade en tee-shirt, sourire aux lèvres, en perpétuelle vacance de temps et d’esprit, surtout d’esprit. Bah, faut vivre.

La quatrième de couverture de Paris vécu (5e édition !) est une leçon de modestie. C’est l’habituel « extrait du catalogue » des éditions de la Nouvelle Revue Française. On apprend donc qu’on y a publié (ou qu’on y publie) Guillaume Apollinaire, Max Jacob, Valéry Larbaud, et Guy de Pourtalès, assurément ce dernier le moins connu des quatre, à tort du reste car La Pêche miraculeuse est un curieux roman. Mais la liste continue… que penser de la survie de Lucien Fabre, d’Eugène Marsan, de Thierry Sandre et d’Eugenio D’Ors ? Ils se partagent et le peuvent pour l’éternité des écrits intitulés : Le Chèvrefeuille, Les Chambres du plaisir, Le Tarramagnou, Le Rire et les rieurs… Qui s’en souvient, qui les lit ? Je les évoque ici par piété.

Rentrant, je remonte la rue Martainville et longe l’église Saint-Maclou, itinéraire où personne, même en été, ne se risque en tee-shirt par crainte d’une bonne pneumonie. Au passage, une pensée pour François Lespinasse dont la galerie, au n° 220, est désormais fermée. En voilà un qui n’aura pas abdiqué, entêtement qu’on lui aura, à Rouen, fait cher payé. Lorsque nous avons travaillé sur l’affaire de la fresque de Francis Picabia (histoire qu’il faudra raconter), il me plaisantait : « Vous en connaissez du beau monde, M. Phellion ! » Vrai qu’alors je me sentais des ailes. On nous les a vite rognées. A lui, comme à moi, du reste.

Rue Damiette, place du Lieutenant, rue de la République, place Saint-Amand… j’ai le temps de repenser à la communication politique qui n’est plus que de la communication. Moyen de faire autrement ? C’est ce que nous voulons tous : du papier glacé en quadrichromie, des perspectives d’architectes et d’urbanistes, de courts textes vaseux… un peu ce que j’ai fait toute ma vie. J’arrête là, ça s’appelle « cracher dans la soupe ».

XII.

Toujours et encore les municipales ; il y a quelques jours, article d’Arnaud Faugère, dans Paris-Normandie (daté du mardi 12 février), titré « Adjoints en partance… » au sujet du départ de certains des adjoints de l’ancien maire (c’est désormais acquis). Parmi, citée Josette Cheval, qui vivrait « plutôt mal » son éviction ; fait part d’un « fort ressentiment », reproche à Pierre Albertini « de ne pas écouter », d’arbitrer en solo, d’avoir réduit les budgets qu’elle montait, et au final de ne l’avoir vue que trois fois en sept ans « en tête-à-tête ».

Disons d’emblée que je connais à peine Josette Cheval, croisée lors de cérémonies officielles ou de réunions de conseil de quartier, lorsque celles-ci m’intéressaient encore. J’en suis d’autant dégagé pour dire ceci, à savoir que cette élue a cristallisé le ressentiment. Il y a des gens comme ça : ils ont beau dire et faire, ils sont l’objet d’aversion systématique et d’un mépris qu’il est loisible d’afficher. Je ne parle pas là des partisans, des anciens colistiers (encore que…) mais des « adversaires », ceux et celles qui ont une opinion contraire, et évaluent les personnes telles les marionnettes d’un théâtre guignol.

Autant tel ou tel conseiller municipal ne rencontrera qu’hostilité sourde ou indifférence muette, autant Josette Cheval, dans les milieux estampillés que je fréquente, provoque le sarcasme blessant, le sourire goguenard, l’irrespect sans retenue. Si quelques-uns peuvent prendre sa défense et avancent des arguments pour l’équilibre, ils en sont pour leurs frais. Rançon de la popularité ? Ou du populaire ?

Le fait est que Josette Cheval est connue, visible, présente (du moins, était) et œuvrait avec ténacité, qualité première d’un élu. Seulement voilà, c’était à « la propreté », donc les poubelles, les matelas sur le trottoir et les inévitables merdes de chien. Ça marque mal. Ça fait « range ta chambre », « essuie-toi les pieds », « brosse-toi les dents »… En tant qu’adjoint, ce n’est pas une tâche « noble » telle la circulation, le sport, la culture, le commerce… Rouen serait-elle devenue, baguette magique, ville propre qu’on n’en aurait pas remercié Josette Cheval pour autant ; elle aurait juste fait « son boulot » comme autrefois Marie la Bonne.

Et puis elle se nomme Josette Cheval. Personne ne vous en voudra de tordre ces nom et prénom et d’en extraire le ridicule supposé ; c’est un engagement à la raillerie. Et elle a aussi son franc-parler, comme on disait des enfants « elle répond ». Ce n’est pas bien vu.

Voilà pourquoi (quoi d’autre ?) Josette Cheval disparaîtra des couloirs de la mairie. Il n’est pas dans mes attributions de dire que c’est tant pis ou tant mieux ; mais si j’écris Rouen Chronicle, c’est aussi (pas d’abord) afin ne pas oublier les Josette Cheval et dire qu’une ville se perpétue avec ces énergies, sans bavardage, sans idéologie (un peu tout de même), dans la raideur des convictions, l’humilité des tâches, la fermeté du propos et les vertus de l’esprit terre-à-terre. Être à la disposition des circonstances, voilà qui n’est pas gratifiant ou valorisant ; c’est ce qu’on nommait, autrefois, l’amour du bien public. Encore une chose qui disparaît. Certes on a les élus qu’on mérite, mais on ne les mérite pas toujours.

XI.

Dîner chez Molineux. Là, outre le maître de maison, Eva, Frédéric, Mado, F***, d’autres et d’autres, tous plus ou moins gens du milieu, tous noms rouennais de gauche (enfin d’après eux) que je pourrais citer mais que Jérôme m’interdit. Sinon Frédéric, l’assemblée frisait la soixantaine, ce qui n’est pas pour me réjouir. Comme à l’accoutumée, dîner exécrable, à demi-froid dans une salle à manger glaciale (m’a-t-il semblé), sous ce gigantesque lustre de cristal Louis XV. Les plats de je ne sais plus quel traiteur sont servis dans ce service Wedgwood venus des temps napoléoniens et dont, sur les quelques 262 pièces, rien que ça, il ne manquerait – dixit Eva – que trois assiettes à entremet. J’écris « de je ne sais plus quel traiteur », en faut, je le sais fort bien, mais Jérôme (encore) veille à ne pas me faire avoir de procès.

Le côté brocanteur de Molineux m’a longtemps amusé ; aujourd’hui, il me lasse. Je préférerais plus de chauffage et moins d’authentique. De fait, si les objets sont vrais, c’est bien la passion mise à les acquérir et à les faire valoir qui relève du toc. Mais je suis peut-être un peu injuste ; vrai que tout ce joli monde m’a excédé.

Conversation sur des sujets divers, surtout les élections et des deux principales listes qui vont en découdre. Le fait de m’inviter avec F*** est qu’on attendait (espérait) quelques balles de match. On a su mon récent engouement pour le MoDem et ma rapide désillusion de le voir, à Rouen (et ailleurs !) se couler dans le moule de l’Udf d’autrefois. Autour de la table, on s’est étonné de ma naïveté. J’ai endossé complaisamment le costume du nouveau converti au culte du « gourou orange ». Chacun s’est trouvé comblé.

La forme aidant, j’aurais pu leur dire deux ou trois vérités : qu’ils ne croient ni à Dieu, ni à Diable, qu’ils n’ont, au final, aucune patrie, que leurs opinions politiques ont toujours été celles du moment, à savoir celle de leur intérêt personnel, immédiat. Pour mars ils pronostiquent (et espèrent) la victoire de Valérie Fourneyron (quasi au 1er tour), rejettent la personne de Pierre Albertini et, dans la foulée, ne cessent de gloser sur les Sarkosinades réelles ou supposées, au vrai la source des rancœurs. Les municipales revanche des présidentielles ? Ils esquivent à peine le fait. A la question « que reprochez-vous au bilan d’Albertini ? » ils noient le poisson ; bref, on « veux » Fourneyron parce qu’on aimerait changer de papier peint, c’est tout. Ils ont l’impression d’avoir une opinion, en fait, ils n’ont que des humeurs. Je n’aimerais pas être élu de cette manière.

Raccompagné en voiture, presque de force, par Frédéric. J’ai de moins en moins le loisir de prendre mon temps, respirer l’air du soir, même celui d’hiver. Impossible de rentrer à mon rythme, lentement, prendre telle ou telle rues au hasard, flâner presque, à deux heures du matin, prendre, ce que j’aurai fait, les rues Saint-Patrice, Dinanderie, du Sacre… Autre défaut du grand âge : on me croit fragile et on s’admire de faire des politesses envers un vieux monsieur. Mais là encore, je suis injuste. Pauvre Frédéric !

X.

Passé ce mercredi à classer et trier dans ce que j’appelle la « réserve du haut », c’est-à-dire dans les cartons d’invendus du temps de l’imprimerie. Il me faudrait être raisonnable et ne conserver que deux ou trois exemplaires de ce qui reste en stock. Déjà je dois éliminer les éditions courantes et tout ce qui a souffert de l’humidité. Qu’ai-je à conserver trente exemplaires du Buisson de la Croix de Jacques Aymard, dix-huit du Matin d’Oscar de Pierre May ? Sans parler du reste. Ils ne se sont pas vendus en leur temps ; ils ne se vendront plus maintenant. Sur la trentaine d’ouvrages édités, les seuls qui se sont vendus ont été les réimpressions de classiques. J’ai bien vendu les Nerval, surtout Sylvie, un peu moins les deux Verlaine (Mes Hôpitaux et Mes Prisons) dont pourtant il ne reste rien. N’empêche, le présent désherbage me répugne et je crains, encore une fois, de laisser tout en plan. Suite et fin viendront d’elles-mêmes.

Hier, inhumation de Colette. Au crématorium du Monumental. Suis monté en taxi. Peu de monde et un froid des plus vifs. Les lieux sont toujours aussi impersonnels et je commence à les connaître (un peu trop à mon goût). Cercueil de bois sombre, des fleurs, et le Capricio de Bach, par Ginette Neveu, m’a-t-il semblé. J’ignorais qu’on l’avait réédité. Comme ça passait en boucle, j’ai eu le temps d’apprécier et, comme d’habitude, de déplorer qu’on ait nettoyé tous les craquements des microsillons. Décidément, il n’y plus qu’aux enterrements (enfin certains, pas tous) qu’on entend de la bonne musique. Cérémonie brève vu l’assistance. H***, plutôt marqué, avec pour escorte un couple de cousins que je ne connaissais pas. Quelques mots ont été dits, mais il en aurait fallu d’avantage. Regardé le cercueil disparaître comme dans un tour de magie, façon Malle des Indes. S’en est donc fini de Colette. Une poignée de cendres et un « dernier coup d’archet ». Suis redescendu à pied, par le rue Francis Yard (vue admirable sur la ville) et ai repris le métro au Boulingrin.

Aujourd’hui, passant rue Massacre, je replongeais un peu plus de cinquante ans en arrière, lorsque j’occupais une chambre chez les Vignon. Il y avait dans cette rue le grand Café du Centre, la boutique de Tsf du père Courtin, un bazar, un autre café, le père Justin, un charcutier, un boulanger nommé Mariette, une crémerie, un tailleur (Delaunay), La Cloche d’argent (torréfacteur), une boucherie, un grand magasin de lutherie (Bocandé), aussi une demoiselle Mallet qui tenait un salon de coiffure… Le soir, en hiver, les boutiques restaient tard ouvertes, illuminant la rue, la transformant en une sorte de quartier à elle seule. En été, certains des commerçants sortaient des chaises et échangeaient des propos de porte à porte. Chez Justin, je pouvais entrer passé neuf heures, y acheter de quoi manger, un demi-jambonneau le plus souvent, dégusté à sur une table du petit café tenu par Yvonne Déville, à l’angle de ce qui allait devenir la rue Émile-Verhaeren. Avec un verre de muscadet, parfois une portion de frites, j’étais calé et pour une addition dérisoire.

IX.

Ce matin, bref courriel de H*** : « Ma mère s’est endormie pour toujours ce matin, sans souffrir. J’arrive demain matin à Rouen, organiser les obsèques. » Coup rapide, mais pas une surprise. La mère de H***, à qui j’ai fait une visite il y a un certain temps, devait approcher les 90 ans. Je l’avais trouvé alors diminuée, au point que je me suis demandé si elle était « encore là ». La conversation, au début, alla bien, mais au bout d’une heure, j’ai perçu qu’elle se fatiguait. Vivait encore seule dans sa maison du quartier Saint-Gervais ; elle se tenait, semble-t-il de façon permanente, dans la cuisine, où on avait installé un canapé. N’ouvrant pas (vrai qu’on était en février) l’atmosphère était irrespirable, fait de remugles indistincts sur lesquels flottait l’odeur de pisse des chats (à propos que deviendront-ils ?)

Ma visite n’était pas désintéressée. Plus que de saluer une vieille amie, je venais chercher des souvenirs à archiver. Son père, Ludovic Harang, qu’elle se souvenait avoir entendu raconter un tas d’histoires de peinture, était né en 1879. Il avait commencé à collectionner très tôt et avait plus ou moins connu Derain, Braque, Vlaminck, Modigliani, ce dernier surtout, dont il fut l’intime et dont il recueillit les dernières paroles.

Quand Harang redevint rouennais, il rapatria sa collection et acquit la production locale, surtout celle des XXX (les Trente) ou de la Société normande de peinture moderne (Dumont, Marquet, Dufy, Tirvert, etc.)  A sa mort prématurée, en 1931, la collection fut vendue, à une époque où la peinture (même celle-là et ici) se vendait mal. Inutile de dire que l’héritière ne s’est guère enrichie avec Metzinger, Gleizes, La Fresnaye… non plus qu’avec un magnifique Juan Gris, Bouteille et compotier, huile sur bois, aujourd’hui au Kunstmuseum de Bâle, alors adjugé à un peu plus de 20.000 francs. Quasiment rien.

Je savais qu’un catalogue de la vente existait, conservé (ou pas) chez la mère de H***. Je voulais savoir si cette « Collection d’un amateur normand » comportait beaucoup des XXX et de la Société normande, et lesquels. J’ai trouvé Colette si mal en point que ma requête s’est envolée. A présent, je me vois mal demander à H*** si ledit catalogue existe bel et bien, et si on a une chance de le retrouver. A chaud (en l’occurrence, mauvaise expression) c’est délicat ; par la suite, je crains qu’il vide la maison avec ses dextérité et célérité coutumières.

Colette est-elle morte chez elle, à l’hôpital ? A quand l’inhumation et où ? Pour le catalogue, je tenterais ma chance. Colette, rencontrée après la guerre, alors qu’elle occupait la place de 1er violon au théâtre-cirque, maintint une exceptionnelle personnalité jusqu’à il y a encore cinq ou six ans. Cultivée, d’allure et de caractère très libres, elle a élevée son fils seule au milieu de grandes difficultés qui épuisèrent l’héritage du grand-père. N’en restait que cette bicoque remplie de vieilleries, où il n’y a pas le tout-à-l’égout, mais où on venait admirer chaque printemps la floraison du splendide magnolia. « Ceci explique cela » disait-elle en montrant l’emplacement de la fosse sceptique. Colette a eu, je crois, une liaison assez longue avec X (ici c’est Jérôme qui censure), mort il y a peu et qui avait presque vingt ans de moins qu’elle. Raconter tout ça.

VIII.

Autre effervescence, le Palais des Congrès. Parlons-en. Disons tout de suite qu’il n’y a jamais eu là de « congrès » et encore moins de « palais », l’appellation recouvrant surtout une salle des fêtes si ce n’est un foyer municipal. Les municipalités successives ont manqué autant de moyens que d’ambition et, au final, ont opté pour la résignation complaisante.

Le bâtiment de Jean-Pierre Dussaux (fils de son père, lequel a signé l’ancienne préfecture) ne manquait pas d’allure et reposait sur une conviction architecturale ; contemporain, il flanquait l’écrasante cathédrale sans souffrir du voisinage. Son inauguration ne donna guère lieu à récriminations. On avait, il est vrai, échappé au pire, au chalet anglo-normand, façon Taverne alsacienne, comme il en existe divers exemples place du Vieux-Marché. J’en porte témoignage et me suis assez battu à l’époque, au début des années Soixante-dix, pour faire admettre le projet pressenti. Puis ce fut l’agonie d’un bâtiment qui n’avait jamais été qu’un avatar d’un projet présomptueux et dont on s’évertua à rogner les audaces (même minces).

Jean-Paul Vigier est un habile artisan qui sait monter ses dossiers ; c’est le spécialiste de la construction en secteur patrimonial, à ce titre il œuvre dans le moderne consensuel, flairant ce qui ne déplaira pas. A Prague, Séville, Nîmes ou Reims, sans plus de personnalité, il se coule dans le moule qui rallie les goûts du meunier, du fils et de l’âne.

Comme tel, il a vite saisi ici le climat. C’est acquis : ce que Dussaux fit en béton, il le fera en verre, tout en planchant sur des contraintes qui rendent impossible un projet novateur : un bâtiment composé de logements, de commerces, de salles de réunion, d’une mise en valeur de la façade Romé, d’un passage entre les rues des Carmes et St-Romain, et d’un coût qui ne saurait dépasser… etc. Tout ça sous l’œil d’investisseurs sans état d’âme, d’une municipalité impuissante mais déterminée, et d’une opinion publique vindicative mais sans véritable avis.

Car ce qui prévaut aujourd’hui, du côté des « contre », c’est surtout la non-construction. L’espace vide, l’espace vert. Le rien plutôt que quelque chose, bref le non-choix et l’avantageuse posture du sans souci donneur de leçon. Au final, d’un côté, comme de l’autre, ce sont les manques de réflexion et d’audace qui président à ce qui se fera là, bientôt. Tous auront perdu, tous auront gagné. Rouen sera, encore une fois, victime.

Ce sera une composition réputée rentable (qui ne le sera pas) avec luxueux logements pour gogos aussitôt spoliés qu’installés (voir autrefois l’Espace du Palais), des vitrines sans nécessité (franchises chics sur fond de stratégie commerciale), et congrès sans congrès dans des salles dévolues à la gestion municipale (et à son budget).

J’attends le palais futur avec résignation. Ce qui a été fait ici en matière d’architecture ces dernières décennies indique le chemin qui sera suivi. Ce n’est pas un choix, c’est de l’ordre de la malédiction. Tout ce qui se fait se place sous le signe de l’atonie et de l’indifférence, attitude autant célébrée que revendiquée par des Rouennais satisfaits de leur isolement raisonneur.




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