V.

A propos de Jérôme, c’est le moment de parler de mon travail. « Du plus loin que je remonte », j’ai toujours écrit. Jeune homme, il y a eu la peinture, un peu, pas mal, entreprise à l’École des Beaux-Arts de Rouen, penchant vite orienté vers l’architecture, ces condisciples d’alors m’apparaissant (à tort) plus sérieux. Cette voie a fini par aboutir et la carrière professionnelle a tout recouvert. N’empêche, je continuais, malgré tout, à écrire. Au départ, c’était des nouvelles, des contes, de petits morceaux, certains furent publiés dans d’éphémères revues (dont je n’ai pas oublié les titres, mais dont la mention ici, est aujourd’hui inutile), puis vint un essai plus important sur Malévitch, lequel traîna longtemps dans mes cartons et fut enfin édité, trop tardivement, en 1960, chez Gallimard, dans la collection Univers de formes. L’heure était à un tout autre genre de peinture et le livre ne rencontra aucun succès. Il doit m’en rester quelques exemplaires au grenier.

Ensuite, il y eu cet « étrange » (le qualificatif n’est pas de moi) roman, Le Dit, publié chez Pierre-Jean Oswald. Puis de petits textes parus dans la revue des Éditions de Minuit, réunis plus tard sous le tire 325 studios. J’ai aussi fait deux forts travaux historiques, deux autres monographies sur la peinture, et finalement entrepris un Journal à partir de 1971, presque le jour de mes quarante ans, Journal interrompu deux ou trois fois, sur de courtes périodes.

Il y a un peu plus d’un an, mon neveu Jérôme a pris la peine de classer mes dossiers et surtout, de taper sur son ordinateur, mon gros travail sur le cinéma de Jean Painlevé, « œuvre » à laquelle je tiens le plus. Le Journal semble l’intéresser, mais les questions qu’il me pose à son sujet me plonge dans de longues réflexions. Ai-je vraiment écrit ça et vécu ça, pour qu’un gamin de 22 ans m’en montre les contradictions, les incertitudes, pire le manque d’équilibre ?

Il a mis longtemps à me convaincre d’ouvrir un site et d’y publier ce fleuve gris. Depuis ce mois de décembre 2007, c’est fait. J’ai intitulé ça Rouen Chronicle et mis en sous-titre « Journal intime, faits divers, mémoires du temps présent, passé et retrouvé, instaurations, futuritions… ». Ceci réclame peut-être des explications. Ou pas. Jérôme a compris le début, mais : « Pourquoi instaurations et futuritions ? »

Instauration, c’est à cause de L’Instauration artistique, la revue d’esthétique créée par Philippe Bridau, que j’ai dirigé de 1954 à 58 ; futuritions, c’est une dette à l’égard de Maurice Rapin, disparu en 2000, initiateur du mouvement dit de la « Figuration critique ». Rapin fut une de mes grandes rencontres de ma vie, ainsi que sa compagne, Mirabelle Dors, également peintre. Ces gens là sont passés du surréalisme à l’indépendance, c’est tout dire. J’en ai parlé longuement dans les parties antérieures du Journal, inutile d’y revenir.

Et puis, ça commence à dater. Jérôme préfère ce qui se passe ces jours-ci. Je conviens avec lui qu’Internet est un discours du présent. C’est d’ailleurs son défaut majeur. Peut-être aussi sa qualité.

0 Réponses à “V.”


  • Aucun commentaire

Laisser un Commentaire




RESSOURCES DOCUMENTAIRES |
dracus |
medievaltrip |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | childrenofsatan2
| LOTFI - Un rebeu parmi tant...
| VA OU TON COEUR TE PORTE......