IV.

Passage rue du Gros-Horloge un peu avant midi ; du monde, mais sans plus. De loin j’aperçois un attroupement devant la boutique, fermée, du torréfacteur A la Ti-Tane. Tout le monde déchiffre un panneau d’affichage apposé sur la vitrine (cinq six feuilles écrites gros) où Jean-Pierre Blaiset explique les raisons de la fermeture de la boutique ouverte en 1939. D’après lui, charges trop lourdes et raréfaction de la clientèle ; et d’entonner la rengaine du Rouen qui disparaît et du petit commerce qui périclite… et de rappeler la Pâtisserie Périer, le charcutier Untel, la Boucherie Ricouard devenue un MacDo, etc.

Le plus drôle, c’est que l’attroupement des badauds se renouvelle sans cesse devant ce dazibao d’un autre âge. On a les Viel Elbeuf et les Bonheurs des Dames qu’on mérite. Poursuivant ma route, je me fais la réflexion que Blaiset mélange outre les genres, le temps ; ainsi Ricouard n’est jamais devenu un MacDo, ça d’abord été un pub nommé Le Charle’s, puis un fast-food certes, mais sous une autre enseigne que MacDonald. Le vrai phénomène c’est la disparition de la boucherie et sa transformation en boite de nuit ; à savoir pourquoi, à une époque, n’a-t-on plus acheté de poulardes, de lapins de garenne et du « filet à huit cent balles » ? Et pourquoi aujourd’hui on n’achète plus – chez la défunte Ti-Tane – les chers 250 grammes de café « moulu Cona » ?

S’il faut regretter quelque chose, c’est l’odeur du café brûlé, justement rue Gros-Horloge, quand il faisait froid, les matins de soleil d’hiver, et sous le seul vent d’est. Le reste…

J’arrive à mon rendez-vous ; déjeuner avec Molineux. Lui raconte ce que je viens de voir et le fil de mes réflexions. Dans le même genre de constat, il me signale la fermeture prochaine de La Mère Michel, restaurant de la rue des Carmes racheté, dit-on, par des « textiles chinois ». Et Molineux de conclure : « Voilà l’avenir des centre-ville, des fringues à 15 euros, des sandwicheries, des vieux qui mendient et des groupes d’handicapés qu’on promènent au Marché de Noël. » Phrase terrible, constat amer et prédiction raisonnable. Le vin du menu à 24 euros nous porterait-il à la mélancolie ? C’est surtout notre âge qui nous joue ce tour. Certes, lui 84 ans et moi 76, mais une santé claire selon nos analyses respectives. A nous mesurer un taux d’optimisme comme celui du cholestérol, nul doute que le médecin prendrait des mesures.

Repartant, nous traversons ce fameux Marché. C’est bien le degré zéro du festif, du traditionnel et même du sympathique. Les décorations sont aussi niaiseuses que les marchandises clinquantes. Tout est là pour « jouer » Noël et faire de l’argent. C’est pitoyable de lâcheté.

Dans la première version de ceci, j’ai sévèrement jugé la cuisine du restaurant où nous étions, Molineux et moi. Jérôme, mon neveu, qui mets ces pages sur Internet me signale qu’il est délicat, ici, de nommer et de critiquer. On ne saura donc pas où nous avons (mal) déjeunés !

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