II.

  Je parlais du Bar Parisien, au Vieux-Marché, et de Colette Magny. Celle-ci est morte en 1997 (Internet me l’apprends) ; je ne l’ai jamais revue. En revanche (ce n’est pas la bonne expression) j’ai continué à fréquenter le Parisien jusqu’à sa fermeture (impossible de me souvenir de la date, probablement vers 1972 ou 73). Magny, oubliée, est vénérée de quelques uns. Elle morte d’insuffisance respiratoire. Je ne m’étais donc pas trompé, mais parait-il, c’était des Gitanes « Le docteur ne veut pas que je fume, mais faudra bien que j’crève un jour ». Pour ma part, je maintiens qu’il s’agissait de Gauloises.Qu’est devenue la fille perdue aux cheveux gras du Cirque ? Et le Cirque, démoli en 1974 ? Et le Parisien ? A une époque j’y ai dîné plusieurs fois par semaine. Là ou Chez Gentil, presque en face, deux enseignes qui servaient tard et dont, si on était courageux, on pouvait, une fois qu’elles avaient baissés les rideaux, à deux heures du matin, attendre dehors la réouverture, vers quatre heures. C’était la grande époque de la place du Vieux-Marché avec ses halles, ses grossistes, ses marchands… un Ventre de Paris au petit pied mais qui suffisait à l’ambiance et l’ambition. Il n’aura fallu que quelques mois pour voir disparaître halles, marchands, brasseries, tous remplacés par des ersatz. Personne aujourd’hui ne peut imaginer cette place, vers onze heures ou minuit, au regard de ce qu’elle est aujourd’hui.

L’édifice d’Arretche est une réussite, mais ses abords et ses destinées ultimes font partie prenante du saccage des lieux. L’église est invisible, indiscernable, noyée par le tourisme de masse, la convoitise commerciale des restaurants, les détritus, les parkings sauvages. Arretche a construit au final un abri pour vélos cassés, cartons de rebut, papiers gras, tourniquets de cartes postales.

J’en parle d’autant que j’ai collaboré (un peu) avec lui, vers 60 ou 61, lorsqu’il devint urbaniste-conseil de la municipalité et travailla sur l’aménagement du centre historique. Autant ses projets jouaient sur l’épure, autant la réalisation se muait en complexités suscitées par la voirie, la circulation, les urgences publiques… Voir à ce sujet la place de la gare et celle de l’Hôtel de Ville.

Ai-je dîné au Parisien avec Arretche ? Aucun souvenir. Sûrement pas au Parisien, plus populaire, peut-être Chez Gentil, plus chic. Le premier conserva longtemps son décor des années d’après-guerre avec ses tables en Formica beige veiné, ses banquettes de skaï rouge, son carrelage de mosaïque à trois couleurs, ses luminaires Atomium. La carte jouait surtout sur les plats à petits prix, sans originalité, mais n’entravant pas la discussion entre convives. On y servait tout au long du jour et presque de la nuit. Gentil, c’était plus le genre d’avant-guerre, avec grands miroirs, barres de cuivre, percolateur assourdissant et menu de six pages dactylographiées, courrier gras, corps 11 sans interligne : un interminable alignement de harengs marinés, poule au riz, tête de veau, escargots de Bourgogne, crêpes Suzette, vieux calvados…

4 Réponses à “II.”


  • bravo pour vos billets ! continuez svp, on a beaucoup à apprendre.

  • Style percutant et passionnant, on a envie de déambuler dans Rouen avec vous, appareil photo à la main, en vous écoutant parler des heures.
    D’ailleurs, si vous en avez envie, n’hésitez pas !
    Je suis un inconditionnel de Colette Magny, vous voyez, il en reste :)

  • oui … continuez !
    Passionnant

  • Bien. pim

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