Chronique DIV. Désormais, voyez http://rouen-chronicle.over-blog.com

XX

DIII.

L’Espace du Palais, quatrième et
dernière fois. Que dire qui vaille ? Comment raconter
l’effondrement ? D’un monde rêvé, puis fini, au bout de tant de mois, il
ne reste rien. Les cases sont vides. Tout est en plein vent. Les ruines, leur
charme, plus quelques gardiens. Ces derniers sont désœuvrés. Ils accueillent
les visiteurs avec plus de résignation que de nonchalance. Ils connaissent,
intuition, la date finale de leurs fonctions. Bientôt. Nous voici devant un
formidable ratage. Un de plus.

Une fois fermées les dernières
boutiques et partie la Fédération, que se passera-t-il ? On espérera de
grandes administrations, de grandes écoles, de grandes entreprises. Côté
commerce, on attendra, telles les grenouilles, la grande enseigne réputée locomotive. Bref, on patientera face aux
mirifiques promesses.

Mais j’y pense : la
dernière grande enseigne que la ville ait connue fut, jadis, une lyre
monumentale posée sur le toit des Folies Bergère de l’Île Lacroix. Les
Rouennais dominateurs et sûrs de d’eux-mêmes l’ont mise bas en juin 1967.
C’était au moment de la Guerre des Six jours. A mon humble avis, aucun rapport
mais sait-on jamais ! Toujours est-il qu’aujourd’hui, une étalagiste
contemporaine a voulu raviver ce souvenir par de besogneuses installations en matière
plastique. On nous dit que c’est à cause des bêtises de Rouen impressionnée. Force est de le croire.

Mais je m’égare. Il est douteux que
l’Espace du Palais voit revivre un jour, en lieu et place, les Folies Bergère.
Si oui, je me serai, toute ma vie, trompé du tout au tout. Sur les Municipaux,
sur les commerçants et sur le réalisme de notre société. Non, le plus probable
c’est que ce bâtiment va rejoindre la liste (un peu longue) des ruines
insensibles dont notre ville semble se faire une spécialité.

Sur ce simple sujet, de nouveau
une brève incise, il n’est que de pénétrer dans l’Espace Monet-Cathédrale (grille
ouverte) et de se poster face au nord : à votre gauche, l’arrière du magasin
Hema (publicité gratuite) et à
droite, la façade de l’hôtel Romé (publicité payante). Et là, vous dites à
haute et intelligible voix : tout ça
pour ça !

Je m’égare encore. Vrai qu’à
Rouen, les occasions ne manquent pas. A tous points de vue. Ainsi, constatant la
destruction (future) du présent, je me souviens avec candeur de ce qui existait
avant, encore avant autrefois. Cet endroit qu’on nommait le marché aux fleurs, cette
construction mise en lieu et place de l’hôtel (encore un) des Sociétés Savantes.

Flanqué d’un parking bétonné sur pilotis, c’était un vaste
espace occupé par deux galeries couvertes. Un seul niveau, boutiques se faisant
face, périmètre de verdure. De l’horizontal sans fioriture, de l’utilitaire simple
et durable. Sans doute trop. Et oublié aussi. A point tel que mon évocation rend
mal le charme des lieux. Disons aussi que le parking était plutôt mastoc et
qu’une station-service mobilisait un peu trop le décor. N’empêche, dites, un
marché aux fleurs ! C’est à de tels détails qu’on voit que le monde
moderne ne nous épaissit pas : lorsque la culture remplace l’horticulture.

DII..

L’Espace du Palais, pour une troisième fois. Il semble me
souvenir que celui d’aujourd’hui n’est pas celui d’origine. L’installation de
la centrale des cadres (qui y achètent désormais si peu) modifia de beaucoup le
projet vendu et construit. De quelque chose d’assez simple, encore que mastoc,
l’avide commerce s’arrogea le droit d’arranger ça à sa façon.

Alors, du square Verdrel à Monoprix, la route était courte.
Au fil des saisons et du temps, elle devint de plus en plus triste. Les
municipaux, prompts à l’abandon, fermèrent l’accès à la place Foch. En regard,
les magistrats propriétaires se crurent encore des privilèges et fermèrent le
passage donnant sur la cour du palais de justice. Il y avait là, parait-il,
plus de pirates que de vigies.

Espace ouvert, espace fermé. Qu’en faire ? Allons, cherchez
bien. Ce qui manque ici, c’est un peu d’horizon. Dis, Coco, t’es allé où en
vacances ? Que vous le vouliez ou non, on sera ici sur la Costa Brava. Ou peu
s’en faut. La plage, le soleil, les palmiers, y compris la ferveur mise à y
croire. Passez la monnaie. Oui, monsieur, on prend les chèques-vacances. Une
génération plus tard, que reste-t-il de cette espagnolade ? Des euros
difficiles, guère plus. Par temps d’automne, balayées par la pluie, les
vitrines s’ennuient.

Durant ce temps, ailleurs, la fête battait son plein. Que de
plaisir, que de bonheur ! Ah, on en a dépensé de l’argent au sous-sol ! Mais,
vous le savez, ces choses-là ne durent qu’un temps. Comme dans les églises
d’autrefois, vient le moment d’aller au confessionnal. La contrition, toujours.
Il faut regretter puis expier. C’est ce qui se passe aujourd’hui. Le palais
vide n’est plus à la mode. L’Espagne ou l’Italie encore moins. Les centres
commerciaux, c’est pour le populo. Lequel on le sait n’a plus guère d’argent
pour de pareilles fadaises. Enfin, c’est ce qu’on dit.

Dans les fossés du château, se posera bientôt la question de
la reconversion. Pas tant matérielle que spirituelle (la contre-réforme, si
vous voulez). Dans des lieux revus à la modestie, il faudra inventer. De
nouveau croire à la bonne étoile. Madame Chalamont le disait : le commerce
devient de plus en plus difficile. Que dirait-elle, aujourd’hui, elle qui, cinq
décennies durant, vendit des parapluies. Rien d’autre ? Non. Alors pensez, des
livres !

En attendant, qui hante le vieux palais ? Des déjà plus et
des pas encore. S’il est un lieu où la mélancolie s’installe avec dureté, c’est
dans ces lieux désertés par la passion. Là, oui, en août 2013, on hésite à
choisir entre l’ennui et l’effroi. Même les impressionnistes du musée ont l’air
plus gai, c’est dire. De fait, les amateurs de peinture sidérante (au sens
strict) peuvent se régaler au sous-sol, face au rendez-vous fédératif. Il y a
là, en précaire, une sorte de galerie sombre où on expose de pathétiques
peinturlureurs.

On aurait tort de rire. Même de sourire. Il faudrait plutôt
y voir un signe de reconnaissance. De quoi ? D’un avenir à la mesure : le
médiocre, l’insignifiant, l’indélébile.

DI…

Oui, que deviendra l’Espace du Palais ? Lorsque les dernières boutiques auront fermé et que la Fnac aura remballé ses cartons, qu’en restera-t-il ? Je sais, il y aura encore la bibliothèque municipale. C’est vrai qu’on ne voit plus personne diront-elles. C’est que déjà, dans le Patio (appellation nouvelle) ça s’égaille (ne pas confondre avec s’égayer). Dame, les marinas-pieds-dans-l’eau, ça ne dure qu’un temps. La plage, la ferme, les animations pour enfants, tout ça ! Vous connaissez les Rouennais comme moi : pas plus changeants, versatiles et de mauvaise foi.

A l’origine, le bâtiment, appartements et parkings, furent vendus pour ce qu’ils étaient : un bon placement. Ah, qu’il ferait bon vivre ici, en centre ville, avec les services à proximité. Il y avait même, au sous-sol, au milieu de trente-six cases commerciales, un supermarché. Je ne suis jamais allé au pays des soviets, mais tout comme. Vers la fin de l’après-midi, les rayons étaient déserts. Clients et marchandises. Pratique quand on cherche des biscottes et du Nescafé. C’est par là disait une vendeuse, au fond. Les boutiques fermèrent (déjà) et on en remballa les paquets de nouilles. Déjà.

Comme d’habitude, l’Espace du Palais, architecture moderniste du temps, plût. Comme plurent les Fronts de Seine, le Champ de Mars, l’Espace Monet-Cathédrale, et quoi encore ? Le Rouennais, dès qu’il s’agit de se loger, ne lésine pas. Les grands moyens. On est pas des moindres. L’emballement et la gloriole. Tout retombe vite et on passe à autre chose. Nous en sommes là.

Pas mal d’habitués du palais de justice se félicitèrent de la construction. Habitués du palais, n’entendez pas justiciables, mais professionnels de la dame à la balance. Logés là, disaient-ils, nous irons plaider en pantoufle (ils le font souvent). Qu’on soit de la magistrature assise ou debout, on avait des digicodes rue de la Poterne. Pensez si c’était chic. C’est cher, oui, mais faut ce qui faut. Allez, on revotera Jean Lecanuet.

Vint le temps où on s’aperçut que ce Palais d’été virait à la Cité interdite. La nuit, le bruit, les coolies à nos portes. La galerie commerciale désertée, les frais de copropriété qui augmentent, sans parler des voisins d’en face. Que va-t-on devenir ? Rue Ecuyère, la Fnac était l’étroit. Déménageons. Chose dite, chose faite. Là où on vendait des conserves, on achèterait des livres (c’est souvent la même chose).

Yvon Robert, fraichement élu, reprit sa calculette. Il déclassa une partie du terrain pour agrandir les rayonnages. A L’Échiquier, on se félicita de son choix. Comme le picon-citron-curaçao du Bar de la Marin : un tiers de commerce, un tiers de béton, un tiers de culture, et un dernier tiers de politique. Sans glace ou avec, les Rouennais, devenus tous de gauche, étaient ravis.

A l’époque, j’avais encore quelques amis, la plupart jeunes architectes (ce n’est pas le bon ordre). Ils ne décoléraient pas. A un premier saccage en succédait un autre. Ce qui consolait, c’est que la Fnac s’agrandisse. Ah, ça, au moins, c’est bien. Comme dit la chanson : La suite lui prouva que non.

D….

Possible que cela arrive. Ou n’arrive pas. Quoi ? Ce dont on nous parle : du déménagement de Fnac du centre-ville. Je pencherais plutôt pour la première occurrence. Et quand on dit déménagement, on lira plutôt disparition. Autant aller dans le sens de l’histoire. Qui lit, qui écoute de la musique ? Achète-on encore des ordinateurs ? Oui. Ou plutôt comme disait Anatole France : enfin, oui, n’est-ce-pas, tout de même. Est-ce que ça rapporte autant ? Guère.

Constatons que la ville se vide de tout magasin d’envergure, à la fois en qualité et en quantité. C’est, quelque part, le retour du petit commerce. Oh, pas l’épicerie de la mère Carrier ou la librairie de mademoiselle Dargent ; celles-là sont mortes, archi-mortes et enterrées. Si résurrection il y a (il y aura) ce sera sous la forme du rare et du cher. Dans l’avenir, les boutiques seront distinguées ou ne seront pas.

Que trouve-t-on ici qu’on ne trouve pas ailleurs ? J’ai connu une époque où les chics Rouennais allaient faire emplette à Paris. Il n’y a là qu’on trouve ça. On parlait de tissu, de vaisselle, de polos estampillés. Rouen alors, c’était encore Le Vieil Elbeuf. Our pour rester dans le ton, La Rôtisserie de la reine Pédauque. Mais assez sur ce sujet impressionniste.

Mais alors quid du palais des courants d’air ? Une fois la centrale d’achats des cadres disparue, que deviendra l’Espace du Palais ? Déjà on le visite comme un musée d’autrefois, avec salles vides, rares visiteurs et gardiens au regard lointain. Les trois ou quatre boutiques qui restent sont comme les défenseurs d’une tradition. Les indiens de la réserve ou peu s’en faut. Du reste, constatez que ces Sioux ne vendent plus que des bijoux ou des colifichets exotiques. Les palmiers suivent.

Pour vous consoler (pas moi, j’ai toujours méprisé ces lieux) il vous suffit de remonter à la surface. Là, c’est un peu mieux. Du moins l’été. On s’y expose autour de verres colorées ou d’assiettes garnies. L’hiver, on prend des mines de réfrigérés devant des boissons chaudes servies dans de grandes tasses blanche. Enfin pas moi, les autres. A ce sujet, je me suis toujours interrogé sur cette loi anti-tabac dans les cafés. A la fin des fin, il s’agit surtout d’une loi pro-terrasse pour les bistrotiers en mal de renouveau. On découvrira un jour qu’il y avait du consortium Pernod-Ricard là-dessous.

Je sais de quoi je parle : ancien fumeur, ancien buveur, et bientôt ancien liseur et ancien auditeur ; que voudriez-vous que j’aille faire à l’Espace du Palais ? Qui se souvient que cette incongruité nous fut vendue comme une des plus importantes opérations immobilières de l’ère Lecanuet. Là, les investisseurs disposeraient du meilleur pour le plus cher. Quarante ans plus tard, revendus et loués en précaire, qu’en reste-t-il ? Comment les riches sont-ils riches ? Ne leur vole-t-on pas leur argent aussi souvent que possible ? Réponse : ils revendent à temps.

Oui, que va devenir L’Espace du Palais ? J’ai ma petite idée. Je vous dirai ça bientôt.

CDLXLIX.

Rejeton de portuaires, j’ai fréquenté (un peu) deux bars des quais : Le Cadran et Le Marégraphe (d’autres bars aussi, mais plus tard). Disons tout de suite que sur les quais ne signifie rien (ou plus grand-chose). Seuls ceux d’avant-guerre peuvent écrire sur les quais. Après, ce fut un temps autre. Temps qui, lui aussi, passa. Aujourd’hui, on peut (on pourrait) le redire. Dire, oui : hier, je suis allé au Marégraphe, sur les quais. Le dire sans le dire. Ce ne sont plus les mêmes, ni quais, ni marégraphe.

Le Marégraphe le vrai, était un grand café, appelé (pour l’exactitude) Café du Marégraphe. Plus grand que Le Cadran (dit lui aussi Café du Cadran). Et pour tout dire, mieux fréquenté. Le premier surtout par les dockers ; le second par les portuaires, soit les gens du port. Alors, portuaires ne se disait pas et encore moins usagers du port. On parlait de transitaires, terme vague mais suffisant.

Dans d’autres sphères (et d’autres bars) évoluaient les marins. Sans les capitaines. Et encore moins les armateurs. Enfin si, mais bon. Tout ça est loin. Que reste-t-il des cafés du port, des dockers et des marins ? Du loisir et du culturel. Il suffit de flâner sur les nouveaux quais et constater que les petits-fils des dockers sont juchés sur patins à roulettes. Ils virevoltent sans souci de succéder à leurs aïeux. Admettons qu’ils n’aient pas tort.

Pour trouver les labeurs d’antan (sans ressemblance) il faudrait se rendre plus loin, vers les quais de Stalingrad ou de Danemark. Là, dans des bureaux sinistres et climatisés, de jeunes chinoises parlant norvégien envoient de mails sur mails à Georgetown ou Luanda. Au déjeuner, s’attablent-elles au Marégraphe newlook ? Il est à craindre que non. Qu’iraient-elles y faire ou attendre ? Quel apprenti boxeur de Biskra viendrait les y rejoindre ? Hélas, les stagiaires de Ningbo sont sages. Un peu espionnes oui, mais moins naïves qu’il n’y parait.

Ce n’est pas qu’elles s’amusent à Rouen, notez bien. Il s’en faut. Le dimanche, elles déambulent par deux dans les allées du clos Saint-Marc. Elles découvrent les poivrons farcis, les tracts centristes et le l’accordéon forcené d’Erika. Quel pays enchanté que la France ! Tout y est sans importance. Personne ne croit à rien et ne sait ce qu’il faut penser. Et elles ne diront rien de ces immondes fromages.

Bon alors, et Le Cadran ? Qu’en ai-je à raconter qui vaille le bel aujourd’hui ? Peut-être ceci : un soir de février 1962, un Américain baraqué y fit une brusque entrée. Avec force, il réclama une dépanneuse, à défaut l’US Army. Venait d’Evreux, était chauffeur, avait un pneu crevé et un patron impatient. Dans ce genre, le quai Gaston-Boulet n’a jamais manqué de ressources, surtout à l’heure de l’apéritif.

C’est ainsi que Thierry (dit Titi) employé chez Transcap, changea la roue d’une Chevrolet Corvette bleu métallisé. Pendant ce temps, Robert Kennedy (frère de précédent) et son chauffeur, abrités de la pluie, trinquèrent au vin rouge avec l’assistance. Toutes choses qu’on apprit trois jours plus tard.

CDLXLVIII.

Les gens sont extraordinaires. L’autre jour, j’évoquais la figure, plus ou moins célèbre ici, d’un ancien conseiller municipal. Il venait de disparaître dans le pur anonymat. Pour la presse locale : inconnu au bataillon, aucune mention, ce que je déplorais (sans trop de ferveur). Pour parler le rouennais sans peine : voilà t’y pas que je me suis fait incendier par la famille. Je n’avais pas à mentionner l’homme en question et surtout à en dire quelque chose. Bref, à en faire des figures de style. Le message récriminant s’achevait par : le connaissiez-vous vraiment ?

La belle affaire ! Comme si, sans connaître ou en connaissant, on pouvait dire quoi que ce fut ! Comme disait je ne sais plus qui : tes trucs, c’est de la poésie. Il parlait de Rouen Chronicle. Il n’avait pas tort. Une parole de sympathie est aujourd’hui prise pour une moquerie ; beau monde que celui-là ! La faute à qui ? J’ai ma petite idée : les gens ne lisent plus, ils regardent les images. L’empire des signes ? Oui, si vous voulez.

L’affaire du conseiller municipal rejoint celle d’un boulanger dont la disparition navrante m’avait forcé à une chronique. Pas un pli, ses enfants ou alliés sont venus ici m’agonir. Leurs commentaires n’étaient pas tendres. Je m’étais appliqué pourtant. Dans un sens, ils avaient (ont toujours) raison. Si cela me rend triste pour eux, tant pis pour moi.

Rassurez-vous, ça ne dure pas. Je me reprends vite. J’ai davantage de bêtes noires que de bêtes blanches. Vrai aussi que je me concentre. Tout ça pour dire que batailler avec ses lecteurs n’a guère de sens. Un auteur n’a pas d’adversaires sinon, en l’occurrence, un clavier capricieux (sans parler de l’orthographe). Tenez, puisque nous y sommes, aucune idée du nombre de mes lecteurs. On m’a (mon neveu Jérôme) plusieurs fois expliqué le système, mais cela dépasse mon entendement. J’ai, parait-il, des hits et des visites.

Il semble que les premiers soient préférables aux seconds. J’aurai cru le contraire. C’est d’ailleurs un de mes défauts favoris : croire le contraire. Pourtant, une visite, même brève, est mieux qu’un hit ? Non. Ce qu’il faut, c’est un clic, lequel ne dure pas. Certaines visites s’éternisent. Ainsi, l’autre jour… Mais passons.

Jérôme, toujours lui, m’a certifié que la chronique la plus cliquée (visitée ?) est celle où j’avais mentionné je ne sais plus à quelle occasion, un pape naguère célèbre. Diable ! Sur la toile, à quoi tient la renommée ! Sur le tard, écrira Wikipédia, il entama une carrière d’écrivain catholique. J’aurai des difficultés à démentir. Notez que j’ai de l’avenir. Avez-vous noté comme tout ce qui est religieux est d’actualité ? Sur la toile et ailleurs.

Bon, revenons à le connaissiez-vous vraiment ? Que dire ? Ben, oui. Pour ajouter aussitôt : mais pas tant que ça. Connais-toi toi-même dit le philosophe. La citation complète, parait-il, aurait une suite : … et tu connaîtra l’univers et les dieux. Déjà mes voisins ! Alors les conseillers municipaux et le boulanger, pensez !

CDLXLVII.

D’après ce qu’on lit, ça ne s’améliore pas. Je veux dire, du côté de l’ancien passage de la Cour des Comptes. Cet espace, autrefois public, devenu à demi-privatisé (avidité de promoteurs), l’est désormais tout à fait par la fantaisie des copropriétaires. On nous a offert là une belle illusion. Nos municipaux en premier, qui vendent depuis des décennies la ville aux plus offrants ; ensuite les décideurs locaux (pas ceux auxquels on pense) qui se moquent du tiers comme du quart de Rouen et ses entours.

Pourvu que leurs emblèmes politiques soient au diapason, rien n’y résiste. D’où l’affaire dudit passage. De nos jours, un copropriétaire est plus fort qu’un politique. Dame, il est dans son droit, certifié et papier timbré, il a payé pour. Tandis que l’autre, allez-y voir ! J’imagine que pour faire enlever l’antivol de la grille et laisser le passage au passage, il va falloir réunir un tribunal ecclésial. Chanoines et avocats s’en frottent (d’avance) les mains. Ira-t-on à l’arbitrage ?

Autre fermeture qui me navre, celle de prétendu parc inauguré sur la presqu’île Rollet. A peine ouvert, déjà fermé. Lui aussi doit être enchaîné la nuit (on devine pourquoi). Une fois qu’on aura jugé de l’efficacité de la mesure en nocturne, elle sera étendu au diurne. Fermé un jour, fermé toujours. Croyez-moi, le métier de serrurier, aussi sophistiqué soit-il, a de l’avenir.

Nouveauté ? Plus ou moins. Lorsque j’étais gamin, le gardien du square Solferino fermait les grilles à la tombée de la nuit. Il vous attendait en criant on ferme et agitait une cloche. J’ai connu ça. Les nuits sont faites pour dormir, pas pour se promener dans les jardins. Je dis : se promener, on me comprendra à demi-mot. Notre contemporain n’aime pas les parcs, ni les jardins. Il préfère l’espace vert. Seuls les amateurs du XVIIIe siècle comprendront la nuance.

Pour en revenir aux politiques, notons que ceux que nous élisons (façon de dire) confondent leur fonction avec celle d’agent immobilier. Pour eux, administrer la ville revient à en vendre bâtiment, mobilier ou espace. On l’a fait, autrefois, avec l’espace voué aux gigantesques parkings. Ceux-ci étant passés de mode, nos municipaux ont continué avec les supermarchés. Puis vinrent les galeries commerciales. Quoi encore ?

Peut-être la rue. Ainsi, le parcage des bagnoles rapportant moins, on vend chaussée et trottoirs aux bistrots. Qui n’a pas sa terrasse ? Le piéton, profil bas, doit désormais se glisser entre les tables. Excusez-moi, messieurs mesdames de regarder dans vos assiettes. Cette ostentation à être dehors, n’a qu’un mot : l’exhibition. Tout est public, rien n’est privé. Et pour finir, le monde nous appartient.

Sauf le passage de la Cour des Comptes, la presqu’île Rollet, et deux ou trois choses dont on nous réserve la surprise. Ah, dites, vous avez votez pour. Moi, non ? Mais si, vous avez voté pour être fidèle à vos idéaux. Pour qu’on ne vous reproche rien. Pour conserver vos amitiés. Le reste, pfuitt, pas mon affaire, qu’ils se débrouillent. Bon, puisqu’il n’y a plus de tiramisu, donnez-moi un café gourmand.

CDLXLVI.

Désolé d’interrompre vos vacances, mais la nouvelle vient de tomber et elle est d’importance : le Front de gauche présentera une liste aux prochaines municipales de 2014. Oui, je sais, ce n’est pas une nouvelle nouvelle, mais bon, il fallait que vous soyez prévenus. Maintenant, vous pouvez reprendre votre lecture. Pour ceux que ça intéresse, voir ce qui suit.

Alors là, nous y sommes. Une liste Verte, une autre genre Pirate, le NPA, Lutte ouvrière et quelques autonomes sans autonomie, le carnet est bien rempli. Y aura-t-il une liste du communiste ancien ? C’est plus que probable. A dix, nous ferons une croix.

Ah mon ami, Vonvon est cuit ! Pas un pli. Pensez, tout ça groupé, uni dans l’affrontement et la détermination, je ne donne pas cher du conglomérat socialiste sortant. Badaboum ! Quel château de cartes ! Dans ce tableau, la seule chose qui importe (un détail) lesquels arriveront en tête ? Les Verts, les Frontistes de gauche, les trotskystes nouveaux ? Là, les paris sont ouverts. On sait l’électeur rouennais frondeur, plutôt teigne, un brin vindicatif, qui plus est versatile. Tout est possible. Or à la mairie, on dort. Je serais le cheval de Napoléon, je m’inquiéterais.

Ça ne vous fait pas rire ? Moi si. Il ne me tarde pas de voir ce qui va suivre ; Yvon Robert et la Sénatrice seront dans un mouchoir, l’un avant l’autre, et ce sera réciproque. Au premier tour, ces deux-là auront gagné. Rue de la République ou rue Alsace-Lorraine, champagne ! (plutôt Crémant). Au matin du lundi, il faudra, calculette en main, se concentrer pour le second tour. Pourra-t-on compter sur les opposants d’hier soir ? Sûr que oui. D’autant que, mais bref.

Du côté socialiste (et apparenté) tous drapeaux contestants remisés, on se comptera. L’euphorie sera au réalisme. On les entend d’ici. Non, tu comprends, on est de gauche tout de même. Yvon Robert, il est ce qu’il est, mais on vote pas à droite. Ce sera un soutien critique, vigilant. Nous, on lâchera rien, il faudra qu’il compte avec nous. Tous unis, camarades. Pas de chèque en blanc à Mitterrand ! D’autant qu’on brandira le spectre connu des douteuses concessions verbales du clan adverse en faveur du grand méchant loup. Alors là, moi je dis stop. No pasaran ! Et hop, tout sera dit.

Oui, désolé de noircir vos vacances avec mes petites histoires. Elles sont sinistres. Je vous imagine à la mer, à la montagne, à la campagne. En famille, heureux, détendu, pas trop dépensier. Vous devez y être, car mes promenades en ville sont creuses. Rien de neuf, quelques magasins disparus, d’autres apparus, des boulangeries fermées. Bref, la routine. En rentrant, vous trouverez Rouen inchangée. Y compris moi, toujours là, fidèle.

Juillet, août ? Non, je ne pars pas. Pas trop les moyens. Oui je sais, il y a le Secours populaire qui s’est proposé de m’emmener. Je vois ça d’ici : car au Boulingrin, sandwiches emballés, Yport et ses galets. Merci bien !

Quel snob ! C’est bien un mec de droite.

CDLXLV.

Revenons aux poubelles grises. Il y a peu de temps, j’ai attribué leur instauration à notre première adjointe. On ne prête qu’aux riches. Il paraît (c’est même certain) que ces horreurs qui encombrent certaines de nos rues ne sont pas de son fait. Vrai, cette conseillère (plus municipale que conseillère), femme aux multiples responsabilités, semble avoir le dos large. La vérité est que nous serions redevables de ces monstrueux containers aux seuls créationnistes. Pas vus, pas pris, ces peu aimables fonctionnaires (le sont-ils, au fait ?) échappent à tous contrôles et toutes critiques. D’autres paient pour eux.

Il est à craindre en effet que quoique nous votions en mars prochain (pour ma part, j’hésite encore) nous aurons les mêmes piochant dans les mêmes copieux catalogues. Quand le mobilier urbain va, tout va. Cette permanence et cette stabilité seront jugées rassurantes par certains. Ils auront raison. Que nous reste-il de vraie croyance ? Celle de se dire que dans des bureaux larges et clairs, on œuvre pour notre bien-être. Oui, qui sont ces hommes et ces femmes de bonne volonté (relire Jules Romains) s’acharnant (avec lenteur et persévérance) au choix de bancs, de panneaux, de barrières, que sais-je ? Obscurs d’entre les obscurs, tout ignorés qu’ils soient, qu’on les considère à l’égal de leur modestie.

Mais revenons à Christine Rambaud. Il m’arrive de la croiser, le dimanche matin, au Clos Saint-Marc. Pourquoi est-elle si triste ? Du moins, pourquoi en a-t-elle l’air ? Elle a le pouvoir et la gloire, pourtant. Oh, je sais : quel pouvoir, quelle gloire ? D’où ce sentiment (tout personnel) qu’elle n’est pas à sa place. Ni ici, ni ailleurs. Qu’elle cherche à être autre chose que son image (laquelle manque d’un certain relief). Cette femme est-elle heureuse ? Peu le sont. L’adage est connu : les hommes sont des salauds (j’en sais quelque chose).

Bon, mais est-ce la question ? Non. La question (le constat) est qu’on peut être astreinte à des fonctions et penser à autre chose. De fait, ce que vivent chaque jour ceux et celles qui choisissent les poubelles dans les catalogues. Eux aussi aimeraient être ailleurs. Nous les contraignons à choisir pour nous. Ils aimeraient courir les bois en compagnie de cerfs, de biches et de faons. Ou repeindre une chapelle délaissée. Ou aller à la plage.

Le travail municipal est ingrat. Collègues, employés, électeurs, personne n’est là pour dire : nous sommes ensemble. Tes poubelles, on va dire que c’est celle-là. La grise ? Oui. Maintenant qu’on a choisi, on va au Clos Saint-Marc, là où il y tant de beaux et de vrais amis. Mais voilà, ces histoires-là sont celles qu’on se raconte le soir, lumière éteinte, lorsqu’on attend le sommeil et qu’on regarde les chiffres qui clignotent. Vous savez, le moment vrai, celui où la certitude commence. Je vais dormir.

Mais en bout de rue, dans le lointain, on entend un bruit de moteur. Il se rapproche, il grandit, bientôt il clignote. Dans le noir, quelqu’un dit : c’est à cette heure-là qu’elles passent les poubelles !

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